Boursière d’aide à la recherche du MAEE
Histoire
Université d’inscription en thèse : Paris 7 – Denis Diderot
Sujet de thèse : « Radio et cinéma dans la Tunisie du protectorat »
Les mémoires sur la Tunisie du protectorat abondent de souvenirs ayant pour décor un cinéma populaire ou pour héros secondaire un poste TSF. A première vue, ces anecdotes ne se distinguent guère de celles qu’on peut trouver dans n’importe quel récit ayant trait à la première moitié du XXe siècle (l’enfant espiègle s’introduisant subrepticement dans un cinéma, les adultes retenant leur souffle à l’écoute de Radio-Londres...). Mais, ce qui peut n’apparaître que comme un lieu commun relève pour ces témoins d’une expérience quasi initiatique, et manifeste la place prise dans la mémoire collective de l’époque par le développement de la radio et du cinéma. De fait, cinéma et radio ne s’affirment pas seulement comme des loisirs majeurs, mais se trouvent intrinsèquement liés aux évolutions politiques, économiques, et sociales de ces décennies.
Pourquoi lier l’histoire de ces deux grands médias et exclure l’autre important moyen de communication qu’est la presse ? Cinématographe et radiodiffusion voient tous deux le jour durant la période coloniale. Ils font leur première apparition dans la Régence de Tunis avec un faible décalage chronologique sur la « métropole » française. C’est d’abord comme découvertes scientifiques qu’ils sont présentés au public avant de trouver leur dimension culturelle, récréative, informative. Ce statut initial occupe une place de toute importance dans notre questionnement. Toute une utopie de modernité est, dans cette première moitié du XXe siècle, associée aux deux médias, nés dans le sillage de la « fée électricité ». Ce fantasme moderniste – auquel échappe en grande partie l’imprimerie – rencontre un écho particulier dans l’idéologie colonialiste, qui oppose une métropole au faîte de la « Civilisation » à des sociétés traditionnelles présentées comme arriérées. Cinéma et radio sont en effet considérés comme des innovations « européennes », indissolublement liées à la puissance coloniale. Mais jusqu’à quel point pouvons-nous parler d’appropriation ou de réappropriation par les populations dominées politiquement et culturellement ?
La radio et le cinéma ont pour autre trait commun d’être des loisirs « populaires » – ou, du moins perçus, comme tels – car accessibles à tous, y compris à un public analphabète. L’enjeu est d’importance dans la Tunisie sous protectorat. Il est d’ailleurs rapidement entendu par les forces en présence : autorités françaises, nationalistes tunisiens, fascistes italiens, etc. A la fois outils d’information (à travers les journaux radiodiffusés et les actualités cinématographiques) et loisirs, c’est essentiellement comme acteurs des mouvements d’opinion qu’ils suscitent l’intérêt des politiques. Radio et cinéma sont vus comme des instruments de contrôle et d’orientation, d’une redoutable efficacité sur les masses non éduquées. Si le cinéma est déjà une pratique culturelle bien ancrée à la fin de la Première Guerre mondiale, quand la radiodiffusion n’en est encore qu’à ses balbutiements, les deux nouveaux médias prennent simultanément leur place au cœur des débats, dans les années 1930. A un moment où régimes fasciste et nazi montrent toute leur habileté en matière de propagande, ils font l’objet de multiples projets, et deviennent, au sein de l’administration du protectorat, indissociables.
Pour la majeure partie de la population tunisienne et européenne, toutefois, la radio et le cinéma restent avant tout des loisirs. La salle de cinéma prend place dans le tissu urbain, le poste de TSF devient un objet familier des foyers mais aussi des cafés maures, des souks... Les deux médias ont une dimension publique, essentielle à prendre compte. Si la chose semble aller de soi en ce qui concerne le cinéma, il convient de souligner que l’écoute de la radio se fait aussi de manière largement collective dans la Tunisie de l’époque, que ce soit dans les cafés, les souks, les boutiques, mais également dans les cours, ou à travers les fenêtres ouvertes, comme le montrent les nombreux conflits de voisinage dont les archives ont gardé la trace. Autour de la salle de cinéma (ou de ce qui lui tient lieu) comme autour du poste de TSF, naissent de nouveaux espaces de rencontre et de débats.
Aussi, n’est-ce pas tant comme média de l’information que la radio et le cinéma nous intéressent ici que comme nouvelle pratique sociale et culturelle. A travers la mesure de leur impact en Tunisie, il s’agit de revisiter l’histoire sociale et culturelle de ce protectorat.
Responsabilités à l’IRMC
Responsable des Journées scientifiques "Cinéma et nouvelles pratiques sociales en situation coloniale", IRMC, Tunis, 14-15 mars 2008.
Publications
Tunis et la Méditerranée dans la littérature française du Protectorat. In DUGAS, Guy [dir.]. La Méditerranée de Audisio à Roy. Houilles : Editions Manucius, 2008.
Cinéma exotique et censure en Tunisie à l’époque du protectorat. Alfa 2007, 2008, p. 263-276.
La Kahena et Quatre Vents. Deux revues "tunisiennes" sous Vichy, deux visages de l’intellectualité française dans le protectorat durant la guerre. Expressions maghrébines, 2006, vol. 5, n° 2, p. 213-229.
Les Français et la vie culturelle en Tunisie durant la Seconde Guerre mondiale. Ibla, 2006, n° 197, p. 88-100.
Les Français et la vie culturelle en Tunisie durant la Seconde Guerre mondiale. Positions des thèses, Paris : Ecole des Chartes, 2005, p. 47-55.








