Les ingénieurs maghrébins dans les systèmes de formation

Eric Gobe (dir.)

2001, Tunis, IRMC, 255 p.

Cet ouvrage constitue la première publication collective du programme de l’IRMC Ingénieurs et société au Maghreb. Il rassemble la plupart des contributions de la rencontre thématique de Rabat (2-3 février 2001) qui portait plus particulièrement sur « Les ingénieurs maghrébins dans les systèmes de formation ».

Les articles publiés dans ce recueil sont des textes intermédiaires qui font état des réflexions des membres du programme. Les participants à la rencontre de Rabat étaient alors à divers stades d’avancement de leurs travaux. Certains chercheurs ont présenté des contributions énonçant les hypothèses et les perspectives de leur recherche, tandis que d’autres ont évoqué les premiers résultats d’enquêtes déjà achevées.

Pourquoi avoir choisi de se pencher de manière spécifique sur la question de la formation des ingénieurs marocains, algériens et tunisiens ? Si la question de l’emploi des diplômés au Maghreb a été largement abordée, tant par le discours des politiques que des chercheurs, en revanche la communauté scientifique a négligé l’étude des formations d’ingénieurs. Or, ces dernières apparaissent stratégiques en terme de développement dans la mesure où elles sont censées fournir la main-d’œuvre qualifiée, les cadres et les innovateurs du secteur productif.

Au Maghreb, l’effort de formation a été d’autant plus massif que la présence de Maghrébins dans les corps techniques au moment de l’indépendance était insignifiante. Cependant, au-delà des discours sur la nécessité de former des ingénieurs et des techniciens, la question de la formation des compétences se pose moins aujourd’hui en termes de pénurie de cadres techniques, qu’en termes de massification de certaines formations d’ingénieurs. Il convient désormais de s’attarder sur les implications scolaires, professionnelles et sociales des arbitrages imposés par le nouveau contexte de la transition libérale ou d’austérité budgétaire qui touche les États maghrébins. L’horizon professionnel des diplômés des écoles d’ingénieurs est plus rétréci que dans les trois premières décennies des indépendances. L’administration et les entreprises publiques restent le premier employeur des ingénieurs au Maghreb ; mais elles recrutent désormais au compte-gouttes. Certaines catégories d’ingénieurs se trouvent déqualifiées, voire déclassées et, parfois, au chômage. Si cette situation est moins dramatique pour les jeunes diplômés ingénieurs que pour d’autres catégories de diplômés, il n’en demeure pas moins qu’ils connaissent un processus d’insertion professionnelle plus lent que dans les années 1980. Par ailleurs, la perspective de carrières peu attractives dans leurs propres pays incitent certains ingénieurs formés à l’étranger, dans des écoles d’élites, à ne pas « rentrer au pays ».

N’y a-t-il pas danger, dans un tel contexte, de voir les gestionnaires du système éducatif réduire fortement les effectifs des filières technologiques de haut niveau, sans prendre en compte le manque à gagner qu’une telle politique produirait du point de vue des savoirs scientifiques sur les sociétés et les systèmes de gouvernement ?

Par ailleurs, l’histoire de la figure de l’ingénieur au Maghreb a été abordée lors de cette rencontre. Des historiens ont posé des jalons permettant de mieux comprendre les pratiques professionnelles et le discours des ingénieurs de la période coloniale. Last but not least, l’étude des professionnalités d’ingénieurs à l’époque contemporaine nous a permis d’appréhender les fonctions exercées et le rôle joué par les ingénieurs dans l’organisation, en interaction avec leur environnement extérieur.

Sommaire

Éric Gobe, Avant-propos
André Grelon, Introduction : Ingénieurs et sociétés dans le Maghreb contemporain. L’itinéraire d’un programme de recherche

1. Systèmes de formation

Le modèle de formation en question
Kamel Mellakh, La formation des ingénieurs par le système d’enseignement supérieur au Maroc
Saïd Ben Sedrine et Éric Gobe, Les ingénieurs tunisiens dans le système éducatif : quel modèle de formation pour les cadres techniques ?

Le modèle des élites techniques en question
Anousheh Karvar, La formation des élèves algériens, tunisiens et marocains à l’École polytechnique française (1921-2000) : des acteurs de l’histoire aux « élites de peu »
Mohamed Benguerna, L’École polytechnique d’Alger : la formation inachevée d’une élite technique
Grazia Scarfo-Ghellab, Les écoles d’ingénieurs : lieux de production et de reproduction d’une fraction des élites marocaines ?

La relation formation-emploi
Mustapha Haddab, Évolutions dans la formation et le statut social des ingénieurs en Algérie
Azzeddine Ali Benali, Les ingénieurs pétroliers de l’Institut algérien du pétrole : formation et parcours professionnels

2. Filières coloniales et pratiques professionnelles

Habib Belaïd, Figures d’ingénieurs pendant le protectorat français en Tunisie : l’exemple de la Poste et des Travaux publics
Hélène Vacher, Du métier à la profession : l´émergence de l’ingénieur géomètre et l’exercice colonial au début du XXe siècle

3. Professionnalités contemporaines

Hocine Khelfaoui, Évolution du profil de l’ingénieur algérien : du « technicien » au « développeur » ?
Mohammed El-Faïz, La grande hydraulique dans le Haouz de Marrakech : fascination technologique et émergence du pouvoir des ingénieurs