Abdelhamid Henia (coord.)
2000, Tunis, IRMC, 227 p.
Le programme de recherche « Villes et territoires au Maghreb : mode d’articulation et formes de représentation », propose plus une posture méthodologique qu’une problématique portant sur une thématique toute construite. Il questionne la manière dont les configurations sociopolitiques maghrébines se construisent et se tiennent. Si son objet premier est bien le Maghreb, la thématique fait implicitement référence à un courant des sciences sociales et historiques qui cherche de plus en plus à adopter une démarche constructiviste, celle qui s’assigne comme tâche première la construction de la réalité sociale ; elle participe également à un vaste « front de recherche » qui mobilise, en faisceau, des programmes de recherche centrés sur des notions telles que ville, territoire, local, global, etc. Bien sûr, les problématiques développées autour de ces notions sont variées. L’objectif est de contribuer à enrichir cette thématique générale, en y apportant des éléments d’illustration et d’explication à partir d’études de cas circonscrites au Maghreb moderne et contemporain.
La question de savoir comment se construisent des ensembles globaux et de quelle manière et pour quelles raisons des hommes ou des groupements humains se lient entre eux et forment ensemble des groupes sociopolitiques spécifiques et dynamiques, demeure aujourd’hui au cœur du projet des sciences sociales et historiques. Projet qui peut pour le terrain maghrébin se formuler ainsi : comment produit-on et préserve-t-on la cohésion des configurations sociopolitiques au Maghreb en dépit des conflits et des violences qui peuvent s’y manifester ? Par quels mécanismes sociaux, culturels et politiques y entretient-on un consensus ? Comment le jeu social s’y fait et s’y poursuit ?
Aborder une recherche sur le fonctionnement des ensembles maghrébins à partir d’une problématique de l’articulation présupposait la détermination des interdépendances, des formes de médiation et des acteurs qui se posent en médiateurs entre les individus, les groupes et les espaces sociétaux composant une configuration sociale. Il nous apparaissait également que les réseaux d’alliances de type politique, matrimonial et économique, les rapports d’allégeance, les formes institutionnelles de médiation et le travail des acteurs – tels que les notables locaux, les marabouts, les oulémas et les nouvelles élites politiques – assuraient un rôle important dans l’aménagement des rapports impliquant les espaces sociétaux et les territoires.
Pour prendre en compte la complexité des interrogations formulées, sont privilégiées les notions d’accord, de désaccord, de convention, de conflit, de rébellion et de relation d’interdépendance, constituant autant d’outils d’investigation permettant de dépasser le simple examen des pratiques.
Sommaire
Jean-Philippe Bras, Préface
Abdelhamid Hénia, Introduction
1. CONFLITS, REBELLIONS ET DISSIDENCES
Jean-Charles Depaule, Rapport préliminaire - Rabat, 22, 23, et 24 décembre 1997
Jean-Charles Depaule, Rapport final - Tunis, 17, 18 et 19 septembre 1998
Résumés des interventions
Abdelkarim Allagui, La crise rabbinique dans le Tunis des années trente
Nelly Amri-Salameh, Sainteté et situations de conflit en Ifriqiya « médiévale » : la pratique du duca’
Abdellah Ben Mlih, La gestion de la contestation dans le Maroc colonial et postcolonial : continuité et rupture
Jamel Ben Tahar, Droit et conflit : le conflit entre les Andalous et les Baldiya à Medjez el-Bâb au XVIIIe siècle
Leïla Blili, La coutume face au droit ou la lente construction de la jurisprudence (Mahdia-XIe siècle)
Pierre Bonte, Shingiti au début du XVIIe siècle : conflits économiques, luttes politiques et identités tribales dans une société qsurienne saharienne
Hussein Boujarra, CAlim et wali et leur gestion des conflits : négociation, médiation et temporisation en Algérie et en Tunisie du (XVIe et XVIIe siècles)
Ahmed Cheraï, La rébellion de Fès au début du XIXe siècle d’après l’historien Abou al-Kaçim Azzayani : pouvoir et élite locale
Yahya El Ghoul, Aspects de la b’chara dans la Tunisie contemporaine
Nora Lafi, L’affaire al-Qarqani (Tripoli, 1872)
Mohamed Brahim Salhi, Contestations identitaires et politiques en Algérie (1945-1980) : le poids du local
Abderrahmane Moussaoui, De la violence collective (en Algérie) : une espérance apocalyptique
Abderrahmane Rachik, Casablanca : émeute et gestion politico-spatiale
Rachida Tlili-Sellaouti, Le conflit social dans la Tunisie précoloniale : la « gestion » du conflit à travers le discours
2. LES NOTABILITES ET LEUR ROLE DANS L’ARTICULATION DES ENTITES LOCALES ET DES ESPACES ENGLOBANTS
Abdelghani Abouhani, Rapport préliminaire - Tunis, 17,18, et 19 octobre 1997
Jean-Philippe Bras, Rapport final - Tunis, 17, 18 et 19 septembre 1998
Résumés des interventions
Ahmed Arnouni, Les Hmerna de la région de Gabès (XVIIIe - première moitié du XIXe siècles)
Rahal Boubrik, Territoire nomade (Mauritanie précoloniale) : conflits tribaux et agents de médiation
Raffaele Cattedra et Myriam Catusse, Stratégies notabiliaires et recomposition du paysage urbain : images et communication d’une élite économique à Casablanca
Yahya El Ghoul, L’émergence d’une nouvelle élite à Nabeul vers 1900
Mahmoud Ettaïeb, Autorité caïdale et communauté tribale lors de l’établissement du protectorat français en Tunisie (1881) : le cas des Ouled Saïd
Olivier Feneyrol, Pouvoir local, pouvoir sur le local en Tunisie : les agents du Parti entre État et territoires
Vincent Geisser, Usages du concept de « notable » dans les sciences sociales tunisiennes : des travaux tunisiens marqués par une forte dimension normative
Abdelhamid Hénia, es notables locaux dans la Tunisie de l’intérieur aux XVIIIe et XIXe siècles : point d’ancrage de l’articulation des communautés tribales et villageoises avec le régime beylical
Aziz Iraki, Spécificité des élites locales dans la ville moyenne marocaine et gestion urbaine
Mohammed Kenbib, Les notabilités juives marocaines (XIXe-XXe siècles)
Ahmed Khouaja, Système notabiliaire et changements sociaux dans les régions des petites villes du Sahel tunisien depuis 1987 : le cas d’une famille d’entrepreneurs originaires de Boumerdès
Adel Ltifi, Les alliances matrimoniales des notables : consolidation interne et articulation avec l’externe
Lazhar Mejri, Une famille de notables Fréchiches aux XVIIIe et XIXe siècles
Mohamed Mérimi, Une famille maraboutique de Jerba au XVIIIe siècle : son rôle dans l’articulation des communautés locales avec les pouvoirs extérieurs
Taïeb Neffati, La chambre indigène agricole du Nord de la Tunisie (1920-1956) : logique d’intérêts et rôle des notables locaux dans les rapports Etat-société
Yvonne Samama, Fragilisation du pouvoir royal et émergence d’un pouvoir parallèle fort : le cas de Thami El Glaoui au Maroc (fin XIXe -milieu XXe siècles)
Mustapha Tlili, La personnalité d’Ahmed Ben Yûssif : un notable de tribu dans la deuxième moitié du XIXe siècle
3. FORMES D’ALLEGEANCE ET TERRITORIALISATION
Vincent Geisser, Rapport préliminaire - Tunis, 17-18 et 19 octobre 1997
Pierre Robert Baduel, Rapport final - Tunis, 17,18 et 19 septembre 1998
Résumés des interventions
Isabelle Berry-Chikhaoui, La construction d’un territoire local
Jocelyne Dakhlia, De l’équité dans l’allégeance
Mohamed El Ayadi, Les pratiques d’allégeance au Maroc aux XVIIIe et XIXe siècles
Mahmoud Ettaïeb, Allégeance et puissances dans la régence de Tunis pendant la deuxième moitié du XIXe siècle (entre 1864 et 1881)
Vincent Geisser, La question polémique des allégeances dans les populations maghrébines de France : « État » des lieux
Abdelhamid Hénia, La bayca (serment d’allégeance) en Tunisie et au Maroc à l’époque moderne. Quelle territorialisation ?
Fathi Hichri, Douars et henchirs dans les Mogods (Tunisie) : anciennes autonomies et nouvelles allégeances
Houcine Jaïdi, Le patronat des cités dans les provinces romaines d’Afrique : l’expression de l’allégeance et les facteurs de la territorialisation
Mouldi Lahmar, L’illusion des territoires d’allégeance politique : les Libyens et les Italiens, les Jebel et la Guibla pendant la période coloniale (1911-1928)
Abderrahmane Moussaoui, De la violence en Algérie : essai de lecture anthropologique
4. RELATIONS D’INTERDEPENDANCE ET TERRITORIALISATION
Michel Péraldi, Rapport préliminaire - Rabat, 22, 23 et 24 décembre 1997
Pierre Signoles, Rapport final - Tunis, 17, 18 et 19 septembre 1998
Résumés des interventions
Béatrice Allain-El Mansouri, La politique de l’eau et ses effets territoriaux
Kmar Bendana et Habib Belaïd, La frontière tuniso-algérienne au XIXe siècle : logiques, vecteurs et modes de représentation de l’espace
Sadok Boubaker, Les espaces maritimes de Tunis aux XVIIe et XVIIIe siècles
Abdallah Chérif, Filières agro-alimentaires et territorialité urbaine : producteurs et marchands dans la filière-fruit
Hassan Elboudrari, Une courbe de puissance : essaimage et territorialité dans la stratégie d’une lignée hagiologique du Maghreb moderne
Abdelhamid Fenina, ’approvisionnement en métaux de Dâr al-Sikka et la circulation monétaire dans la régence de Tunis au XIXe siècle : réseaux et relations d’interdépendance
Mohamed Lazhar Gharbi, Le crédit agricole en Algérie de la fin du XIXe siècle : un moyen de territorialisation de l’espace rural par la Banque de l’Algérie
Isabelle Grangaud, La campagne à la ville, la ville contre la campagne : analyse des expressions de l’impact de la territorialité à partir de l’énoncé des clauses définies dans les contrats de mariage (Constantine, XVIIIe siècle)
Abdelkader Guitouni, Le système urbain de l’oriental marocain : les interactions entre la gestion administrative du territoire régional et le rayonnement spatial des villes
Abdelhamid Hénia, Réseaux d’échanges des subsistances dans la Tunisie de l’intérieur et territorialisation aux XVIIIe et XIXe siècles
Mustapha Naïmi, Plaidoyer pour une théorie de la régionalisation au Maroc
Michel Péraldi, Les migrants maghrébins dans l’économie urbaine à Marseille
Mounir Zouiten, L’activation des réseaux sociaux et familiaux en situation de migration et d’insertion urbaine au Maroc
Index des noms d’auteurs
Table des matières








