Savoirs du lointain et sciences sociales

Alain Mahe et Kmar Bendana (dir.)

2004. Paris, Bouchène, 268 p., ISBN : 2-91 2946-69-7.

Le projet de la philosophie, lorsqu’elle a été inventée, était la connaissance de l’homme et de la société. Au fil des siècles, la tradition philosophique s’est développée, à tel point que les philosophes n’envisageaient plus leur objet qu’au travers des œuvres, de plus en plus nombreuses et épaisses, de leurs prédécesseurs.

La découverte du Nouveau Monde et les relations de voyage qui suivirent les explorations lointaines, apportèrent un peu de fraîcheur en relançant le débat philosophique sur la nature humaine. Parallèlement les grandes civilisations classiques des vieux continents, étudiées par les premiers orientalistes – les civilisations indienne, chinoise, arabe, etc. – montraient aux Européens que les humanités n’étaient pas seulement grecques et romaines ainsi qu’ils l’avaient longtemps pensé.

L’invention des sciences humaines et sociales – tout au long du XIXe siècle – n’est rien d’autre que la reprise du projet de connaissance de l’homme et de la société qui avait été celui de la philosophie à ses débuts. D’emblée, ce projet de connaissance se polarisa sur les sociétés lointaines dont la diversité, passée au crible de la méthode comparative, devait permettre de comprendre les ressorts universels de la sociabilité et de l’humanité. Mais en se professionnalisant et en se spécialisant, les sciences sociales se sont cloisonnées.

Progressivement, les grandes questions philosophiques redevinrent l’apanage des seuls théoriciens tandis que les spécialistes des diverses aires culturelles et des diverses disciplines avaient de mois en moins l’occasion de mettre en commun leurs réflexions et de moins en moins de temps à consacrer à d’autres domaines que le leur.

L’objectif des initiateurs de cette rencontre a précisément été de faire dialoguer les anthropologues, les sociologues et les historiens – toutes aires culturelles confondues – sur les grandes questions à l’origine de l’invention de leurs disciplines. C’est ainsi que, pour la première fois, des indianistes, des africanistes, des américanistes, des océanistes mais aussi des spécialistes du Japon, de la Russie et du monde arabo-berbère, se sont retrouvés à débattre, deux jours durant, avec comme seule règle d’éviter de jargonner afin de mettre à la portée de tous le fruit du travail de chacun. Ce livre est le résultat de leurs travaux.

Sommaire

Alain Mahé, Avant-propos

1. L’historien, l’orientaliste et les aires culturelles

Kmar Bendana, De l’intérieur d’un lointain. L’histoire contemporaine de la Tunisie
Discussion
Jacques Revel, Kmar Bendana, Azzedine Guellouz, Yadh Ben Achour, Francis Zimmermann, Daho Djerbal Mohammed Hédi Chérif
Pap n’Diaye, Les études américanistes
Discussion
Houari Touati, Pap n’Diaye, Azzedine Guellouz, Mohsen Mottaghi, Francis Zimmermann, Mohsen Mottaghi
Patrick Beillevaire, Le Japon ou la quête de soi
Wladimir Bérélowitch, Entre le national et l’universel. L’histoire sociale en Russie des années 1880 à la Grande Guerre
Discussion
François Pouillon, Daho Djerbal, Azzedine Guellouz, Abdelhamid Hénia, Alain Roussillon, Sanjay Subrahmanyam Patrick Beillevaire, Francis Zimmermann, Jean Schmitz, Alain Mahé, Wladimir Berelowitch, Baber Johansen Gianni Albergoni, Eloi Ficquet
Lilia Ben Salem, Le dilemme de la construction de la sociologie au Maghreb. Pluralité référentielle et projet scientifique
Discussion
Alain Mahé, Lilia Ben Salem, Lucette Valensi, Jacques Revel, Jean-Philippe Bras, Sanjay Subrahmanyam, Yadh Ben Achour Houari Touati, Abdelmajid Charfi, Mohamed Tozy, Francis Zimmermann
Sanjay Subrahmanyam, Inde ouverte ou Inde fermée ?

2. Humanité sauvage et humanités classiques, Enchantement, ensauvagement et déconstruction

Alain Roussillon, Les mondes d’islam. Une aire culturelle virtuelle ?
Azzedine Guellouz, L’instrumentalisation symétrique des savoirs du lointain. L’Histoire des Deux Indes et la spéculation philosophique dans les calculs politiques
Discussion
Mohamed Tozy, Sanjay Subrahmanyam, Azzedine Guellouz, Daho Djerbal, Lucette Valensi, Khaled Kchir, Alain Roussillon
Régis Meyran, Les derniers jours du folklore. Du renouveau des années 1930 à sa disparition dans l’après-guerre
Alain Mahé, Les études berbères entre humanités classiques et humanité sauvage
Discussion
André Burguière, Jacques Revel, Régis Meyran, Sanjay Subrahmanyam, Mohamed Hédi Chérif, Eloi Ficquet Jean Schmitz, Mohamed Tozy, Alain Mahé, François Pouillon
Jean Schmitz, L’africanisme de terrain, l’Antiquité impossible et le déni de l’orientalisme
Emmanuelle Sibeud, L’Afrique en partage. Les sciences sociales françaises et l’Afrique dans les années 1910
Discussion
Gianni Albergoni, Pap n’Diaye, Emmanuelle Sibeud, François Pouillon, Jean Schmitz, Alain Mahé, Eloi Ficquet, Fatma Haddad, Daho Djerbal
Eloi Ficquet, Des paysages aux savoirs. Théorie des climats et démarcation de l’orientalisme et de l’africanisme en Éthiopie
Brigitte Derlon, Souvenirs des Mers du Sud. Clichés anciens et controverses anthropologiques
Discussion
Lucette Valensi, Eloi Ficquet, Jean Schmitz, Mohamed Hédi Chérif, Yadh Ben Achour, Brigitte Derlon, André Burguière, Sanjay Subrahmanyam, Patrick Beillevaire, Alain Mahé, Azzedine Guellouz, Eloi Ficquet

Francis Zimmermann, Postface
Bibliographie générale