Michel Camau (dir.)
1995. Tunis, Alif-Les Éditions de la Méditerranée, 272 p. (Recherches sur le Maghreb Contemporain). ISBN : 9 973 3220 315.
La production du savoir pourrait sembler relever d’une entreprise morale, celle de sujets distingués par leur engagement dans une sorte de sacerdoce de la vérité. L’assujettissement à la vérité ne serait-il donc que l’apparence d’un dispositif de domination ? Sans adhérer nécessairement à cette dénonciation « post-moderne », la critique de la science a mis en avant la nécessité d’interroger le sujet du savoir sur la base des principes qui fondent sa propre pratique. Tout à tour sujet et objet, le savant lui-même se trouverait ainsi soumis au mode de production du savoir, autrement dit à la formulation d’énigmes.
Dès lors que l’on récuse les absolus de vérité et d’objectivation du scientisme, force est de considérer les scientifiques comme relevant de l’espèce commune et d’examiner comment, malgré ce, leur activité produit du savoir.
Dans cet esprit, des chercheurs de sciences sociales ont été conviés à s’exprimer en tant que sujets du savoir. Anthropologues, historiens, politologues, maghrébins et non maghrébins, familiers ou non de la recherche appliquée au Maghreb, se sont relayés pour expliciter les questionnements inhérents à leurs pratiques professionnelles. Ils ont, de la sorte, balisé des enjeux de la production du savoir dans ses différentes dimensions (théories et concepts, objets de recherche, sites et modes d’observation, supports d’expression et de communication). Mais, plus encore, ils en ont diversifié les illustrations à partir de leurs propres différences de disciplines d’appartenance et de trajectoires individuelles.
La définition de soi et la part du récit dans les sciences sociales et historiques constituent les principaux éléments de réflexion sur les pratiques de recherche qui tissent la trame commune aux différentes contributions ici réunies. Abordées suivant des angles d’approche pluriels, elles s’ordonnent suivant quatre dominantes : problématiques de l’authenticité, la représentation comme programme de vérité, portées et limites du regard, les figures de l’expert et du philosophe.
Ce premier volume de la collection Recherches sur le Maghreb contemporain est issu du séminaire annuel de recherche Savoirs en usage, Savoirs en partage, organisé conjointement à Carthage, entre novembre 1992 et mai 1993, par l’Académie Tunisienne Beït al-Hikma et l’IRMC.
Sommaire
Michel Camau, Sciences sociales, sciences morales ?
Jean Leca, À quoi servent les théories ? De la trahison de l’intégration à celle de la critique.
Fanny Colonna, Histoire de vie, biographie, récit de trajectoire, destin social
Abdelmajid Charfi, La religion dans le conflit des interprétations.
Mondher Kilani, « Savoir local, savoir global ». Sur la notion de croyance en anthropologie.
Claude Grignon, L’indigence des concepts : la pauvreté et la précarité du point de vue du populisme et du misérabilisme.
Mohamed Tozy, La Science politique à l’écoute des discours et de la rue : « les illusions du regard ».
Mohamed-Hédi Chérif, Pratique d’historien dans la Tunisie d’aujourd’hui.
Sophie Ferchiou, Rhétorique du regard. L’anthropologie visuelle.
Abdallah Saaf, L’édition en sciences sociales au Maghreb. Aspects marocains.








