Nicolas Puig
2003. Paris, Karthala, 282 p. (Hommes et sociétés). ISBN : 2-84586-473-6.
Lieu de passage privilégié des habitants reliant une partie de la vaste zone périphérique de la ville de Tozeur, dans le Sud-Ouest tunisien, à ses quartiers centraux, le cimetière Sîdî Abd al-Rahîm est avant tout un espace de vie. Anciennement dernière extrémité du monde citadin (tout autant que dernière demeure du citadin d’ailleurs), ce cimetière, l’un des deux que compte la ville, est aujourd’hui enserré dans les limites communales et intégré dans les habitudes de ceux qui se sont, les premiers, installés à proximité, le groupe des Rkârka, également identifiés comme « ceux de Derrière le cimetière ». Que ceux de derrière et ceux de devant y mélangent leurs morts n’empêche pas ces derniers, les oasiens, de jeter un regard chargé de mépris sur ces populations bédouines aux mœurs réputées un peu trop frustes pour la culture citadine.
En effet, dans toute cette région du Jérid, succession de vieilles cités adossées à leur palmeraie, les habitants se sentent dépositaires d’une culture forgée dans la sédentarité autorisant le cumul des œuvres humaines. Ils se nomment les Jéridis, du nom de la région qu’ils occupent. Cette appartenance géographique suffit déjà à les différencier des nomades qui portent le nom de leur ancêtre éponyme, substituant à la référence spatiale une identité ancrée sur la lignée et sa succession, donc sur le temps. Ils se nomment ainsi Rkârka (sing. Rakrukî), les descendants de Rakrûk, lui-même issu de Sîdî Abîd, patron saint ayant vécu probablement au XVIe siècle, dont le tombeau se situe dans la région de Tebessa en Algérie.
Depuis une quarantaine d’années, les Rkârka, avec d’autres groupes du même ensemble tribal des Awlâd Sîdî Abîd, sont venus en masse se fixer aux abords de la ville de Tozeur, dans deux vastes zones nommées Ras adh-Dhraa et Helba. Ils contribuent aux recompositions de la société citadine de Tozeur et participent aux changements sociaux qui affectent l’ensemble de cette petite région des confins du Sahara. Ainsi, du bourg modeste, travaillé par la distinction et la stigmatisation, émerge depuis une vingtaine d’années une cité contemporaine dotée d’une organisation citadine progressivement élargie aux derniers sédentarisés.
Sommaire
Introduction
Esquisse de l’espace social du Sud tunisien
Éléments de méthode
I. Histoires de lieux
2. Territoires hagiographiques
3. Espaces pastoraux et lieux de sédentarisation
4. Les nomades dans la ville
II. Histoires d’habiter
6. Le quartier communautaire à la croisée des chemins
7. Les évolutions des espaces domestiques
8. L’ère des mobilités : résidence et parenté
III. Histoires de terres
10. Saisissement communautaire et °arûshiyya
11. Passions généalogiques
IV. Lieux communs
13. Lieux et usages dans les palmeraies
14. Tourisme : la construction du « décor »
15. Une figure locale du tourisme, le bezness
16. Tozeur : une ville réinventée ?
Conclusion. Une société urbaine en formation ?
Bibliographie








