Responsable : Delphine Cavallo
Cet atelier doctoral a regroupé des doctorants de différentes disciplines dont le sujet de thèse est susceptible de trouver profit à être éclairé par la thématique choisie, « Individu(s) et action collective ». Ainsi, il n’était pas nécessaire que ces concepts et théories fassent partie a priori du cadrage théorique envisagé pour le travail de recherche des étudiants. Plutôt, nous souhaitions que la thématique apporte un point de vue différent, voire inattendu, et stimulant sur des travaux en cours, et qu’elle permette une appréhension critique à la fois des terrains de recherche des doctorants, et des théories ainsi discutées.
Objectif
L’objectif de l’atelier doctoral de 2005 était tout d’abord d’asseoir une « culture » scientifique commune aux participants autour de la thématique choisie. En tentant d’aborder, au cours des séances, certains des sous-thèmes liés à celle-ci, il s’agissait d’aborder les questions théoriques qu’elle soulève, de manière à la fois réflexive par rapport aux terrains, et critique sur les théories elles-mêmes.
Ce faisant, ce travail en commun devait permettre de développer des clés de lecture pour le travail de chacun des doctorants à partir de ces théories. Par la mise en confrontation de ce qu’elles apportent (ou non) à leurs travaux, un dialogue entre objets et disciplines a pu trouver une assise théorique.
Enfin, il s’agissait de mettre à profit leurs objets et terrains maghrébins afin d’interroger les théories développées autour de cette thématique, d’en discuter les apports et les limites. Il s’agissait ainsi de construire ensemble des points de discussion critiques que les différents objets de recherche posent à ce type d’approche.
En amont des séances de l’atelier, une bibliographie indicative a été distribuée à l’ensemble des participants, et une politique d’acquisition par la bibliothèque de l’IRMC des ouvrages fondamentaux concernant la thématique a été suivie.
Argumentaire
L’atelier doctoral annuel de l’IRMC pour l’année 2005 s’est articulé autour de la thématique « Individu(s) et action collective ». En partie prolongement de la réflexion menée lors du premier atelier doctoral (2003-2004), « Histoire de familles et biographie : l’apport de la micro-histoire », il s’agissait d’aborder la question commune aux sciences humaines et sociales des relations entre l’individuel et le collectif à partir de la question plus sociologique du passage de l’individu (des individus ?) à l’action collective, et de ses corollaires (socialisation, engagement, mobilisation, identité individuelle/identité collective, etc.).
Si la question de l’action collective a été posée par l’ensemble des disciplines lorsqu’elles ont étudié les formes prises par les mouvements sociaux ou politiques (de manière extensive), elle ne fait l’objet systématique de recherches, tentant d’établir un appareillage théorique commun, que depuis une quinzaine d’années dans la science politique française. C’est autour de ce mouvement théorique (non homogène cependant) fécond et des débats qui l’animent toujours que cet atelier a été conçu. Une des grandes questions posées par celui-ci, dans le prolongement des travaux sur la socialisation, est celle des motifs de l’engagement des individus dans des groupes ou des mouvements (non nécessairement institutionnalisés) collectifs. Une telle question fait appel à la fois, et selon l’optique théorique que l’on choisit, aux problématiques de la formation de l’identité (individuelle et collective), de la politisation, des rétributions et des risques à l’engagement, etc.
Une autre question est celle de la prise en compte du contexte socio-politique à la fois pour les stratégies des individus, mais aussi pour la forme que prennent les mouvements collectifs (reconduction de formes connues/invention de formes nouvelles, rôle des réseaux, légalité/illégalité, répertoires d’action, etc.).
En particulier, une des orientations récentes est d’ouvrir de manière critique ces théories à des frontières autres que les nations et contextes socio-politiques occidentaux, que l’on considère l’internationalisation des mobilisations collectives, ou les formes que l’action collective peut prendre en contexte extra-occidental. Ces dernières tentatives ont néanmoins conduit davantage à « flouter » les objets et à « exploser » les concepts qu’à proposer des outils d’analyse opératoires, et ont peut-être oublié de prendre en considération l’apport non pas des terrains mais des recherches dans ces pays.
A un niveau modeste, cet atelier doctoral devait permettre d’entamer une discussion critique autour des limites de ces tentatives, notamment en questionnant les singularités des rapports entre individuel et collectif au Maghreb. En effet, l’appréhension et la compréhension de l’individu dans les sociétés du Maghreb – que l’on parle de son existence sociale comme de sa présence dans les recherches en sciences humaines et sociales – conduit à une mise en question des cadres théoriques pertinents pour aborder la question des rapports entre individus et société. Dans ce cadre, poser le problème sous l’angle du passage à l’action collective permet de s’interroger sur les modes d’insertion sociale et les liens entre individualisation et appartenance à une société politique.
Groupe doctoral
Asma NOUIRA, politologue, « Les institutions religieuses officielles en Tunisie », Université de Tunis-Manar, sous la direction de Hamadi Redissi
Chokri KHMIRA, politologue, « Le Comité Central et le Bureau Politique du Rassemblement Constitutionnel Démocratique », Université de Tunis-Manar, sous la direction de Hamadi Redissi
Achraf BAHROUN, politologue, « Rationalité et comportement politique. Les processus de dépolitisation en Tunisie », Université de Tunis-Manar, sous la direction de Hamadi Redissi
Mohamed MOUHLI, gestionnaire, « La participation des salariés à la gouvernance des entreprises publiques en Tunisie », Institut Supérieur de Gestion-Tunis, sous la direction de Karim Ben Kahla
Delphine CAVALLO, politologue, « Syndicalismes et syndicalistes en Tunisie », IEP d’Aix n Provence, sous la direction de Michel Camau
Calendrier
Samedi 28 mai 2005 : « Formes de mobilisation, structuration des mouvements collectifs et contexte socio-politique »
Universitaires encadrants : Habib BELAID, historien, Université de La Manouba, ISHMN, et Hamadi REDISSI, politologue, Faculté de droit et de Sciences Politiques (Tunis-Manar)
Texte discuté : « Les conditions politiques de l’action collective : la prise en compte de la structure des opportunités politiques », chapitre II de l’ouvrage d’Olivier FILLIEULE et Cécile PECHU.- Lutter ensemble. Les théories de l’action collective.- Paris : l’Harmattan (Coll. « Logiques Politiques »), 1993, pp. 171-189
Samedi 4 juin 2005 : « Identité individuelle/identité collective, carrière militante »
Universitaire encadrant : Abdelkader ZGHAL, sociologue, CERES, Tunis
Texte discuté : « Entrer, rester en humanitaire : des fondateurs de MSF aux membres actuels des ONG médicales françaises », Johanna SIMEANT, in Collectif.- « Devenirs Militants », Revue Française de Science Politique.- 2001, Volume 51, n° 1-2, février-avril, pp. 47-72.
Samedi 18 juin 2005 : « Trajectoire individuelle, socialisation et engagement »
Universitaire encadrant : Imed MELLITI, anthropologue, Institut Supérieur des Sciences Humaines de Tunis
Texte discuté : « Un peu pour ton cœur, un peu pour l’amour de Dieu », chapitre III de l’ouvrage de Mounia BENNANI-CHRAÏBI.- Soumis et rebelles : les jeunes au Maroc.- Casablanca : Le Fennec, 1995.-373 p. Coéd. avec CNRS Editions, Paris, 1994
Lundi 4 et mardi 5 juillet 2005 : Journées d’études finales
Invités extérieurs : Jérôme LAFARGUE, Maître de Conférences en Science Politique, Université de Pau et des Pays de l’Adour, « L’individu en mouvement : protestations collectives et adaptations multiples ». Bernard PUDAL, Professeur de Science Politique, Université Paris X-Nanterre, Chercheur au CSU (IRESCO-CNRS), « Le biographique en sciences sociales : de la biographie collective aux trajectoires singulières ».








