Penser les "nouvelles" migrations

Responsable : Sylvie Mazzella

Problématique

Le champ de la migration a connu ces dernières années un renouveau d’intérêt aussi bien politique que scientifique. L’intention de ce cycle de conférences est d’interroger la nouveauté du phénomène de la migration soit en insistant sur des effets de contexte, soit en insistant sur des évolutions historiographiques. Que nous apprennent aujourd’hui les migrations internationales des rapports inter-étatiques ? Dans quelle mesure les mouvements migratoires massifs, tels les réfugiés, rendent-ils compte d’une crise de l’Etat-nation en France et en Europe ? Quels sont les outils méthodologiques et les notions théoriques utilisés par le chercheur pour l’analyse d’objets multi-sites ou mondialisés ? Quel est l’apport de nouvelles approches telles que la socio-histoire, ou l’approche transnationaliste développée ces dernières années par l’anthropologie culturelle anglo-saxonne, dans la compréhension de phénomènes migratoires mondialisés et historicisés ?

Le séminaire regroupe des chercheurs de différentes disciplines (géographie, sociologie, histoire), tous spécialistes de la question migratoire. Les chercheurs invités questionnent les migrations de différentes manières, soit en revisitant des figures sociales de l’étranger telles que le réfugié (Luc Cambrézy) ou la femme migrante souvent négligée dans l’historiographie française et anglo-saxonne (Nancy Green) ; soit en réinterrogant l’évolution des politiques d’immigration en France et en Europe (Alexis Spire, Gérard Noiriel). La dimension économique et culturelle de la migration à l’échelle européenne est analysée à partir de la question des transformations du marché du travail immigré avec l’arrivée de nouveaux flux de migrants en Europe, et la mobilisation des migrants dans l’économie locale du pays d’accueil (Andrea Rea ; Lionel Arnaud).

16 décembre 2005 : « Réfugiés et territoires : une géopolitique de l’exil »
Luc CAMBREZY, géographe, directeur de recherche à l’IRD.
Il est spécialiste des questions migratoires et des problèmes territoriaux. Il est l’auteur d’un récent ouvrage intitulé Réfugiés et exilés. Crise des sociétés, crise des territoires (Archives contemporaines, 2001).
Modérateur : Hassan Boubakri, géographe, maître assistant à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Sousse.
Résumé : La problématique des réfugiés convoque d’autant plus la géographie qu’il ne peut y avoir d’analyse convaincante de cette catégorie de population et des territoires auxquels elle renvoie sans un va et vient nécessaire entre diverses échelles spatiales d’observation. Puisque la définition même du réfugié s’inscrit dans la partition politique des Etats et de leurs frontières, une première échelle d’analyse place la réflexion au niveau de la dimension internationale des conflits (même lorsqu’il s’agit de guerres civiles). La seconde échelle est intermédiaire ; l’analyse se situe alors au niveau de l’Etat et de la région d’accueil proprement dite. A ce niveau, les modalités d’accueil des réfugiés comme les conditions de leur circulation sont autant dépendantes du contexte géopolitique international que des conditions géographiques, politiques et sociales sur le terrain (niveau local). C’est enfin, à ce dernier niveau que se décide et s’organise la gestion concrète de ces populations ; là encore, la question des lieux et des territoires est au coeur de la politique d’accueil des réfugiés.

20 janvier 2006 : « L’administration des étrangers. La face cachée des politiques migratoires »
Alexis SPIRE, chargé de recherche CNRS au Centre d’Etudes et de Recherches Administratives Politiques et Sociales à Université de Lille II.
Il est l’auteur d’un récent ouvrage intitulé Etrangers à la carte. L’administration de l’immigration en France (1945-1975) aux Editions Grasset.
Modérateur : Imed Melliti, maître assistant à l’Institut Supérieur des Sciences Humaines de Tunis, Université El Manar.
Résumé : Les lois sur l’immigration se succèdent en France, et pourtant, il est rarement question des conditions dans lesquelles elles sont mises en œuvre. Or leurs objectifs – affichés ou non – et leurs effets ne se mesurent pas devant les députés, mais dans les bureaux de l’administration, ceux des fonctionnaires de la Préfecture de Police, des administrateurs de l’Office national de l’Immigration ou de l’Office des Réfugiés. De 1945 à 1975, plusieurs millions d’étrangers sont venus travailler en France. Pourquoi certains ont-ils été autorisés à s’installer quand d’autres ont dû repartir ? Dans quelles conditions les uns ont-ils réussi à devenir Français alors que les autres sont restés étrangers ? Au-delà des principes établis par le droit, regardons au cœur des pratiques de ceux qui, au nom de l’Etat, sont chargés d’octroyer cartes de séjour, carte de travail et naturalisation.

17 février 2006 : « La mobilisation des ressources culturelles et sociales dans l’action : les minorités ethniques au service du développement économique local en France et en Grande-Bretagne »
Lionel ARNAUD, chercheur au Centre de Recherches sur l’Action Politique en Europe (CRAPE), maître de conférences à l’Institut d’Etudes Politiques de Rennes.
Il a notamment dirigé un récent ouvrage collectif Les minorités ethniques dans l’Union européenne. Politiques, mobilisations, identités, Paris, La Découverte, 2005.
Modératrice : Kmar Bendana, maître de conférence, à l’Institut Supérieur de l’Histoire du Mouvement Social, Université de La Manouba.
Résumé : L’habitude a été prise dans de nombreux travaux comparatifs d’opposer systématiquement les approches françaises et britanniques en matière de gestion des populations issues de l’immigration, avec d’un côté un « modèle républicain » qualifié d’assimilationniste et de l’autre une approche anglo-saxonne présentée comme plus respectueuse des différences sociales et culturelles. Face aux contraintes de la mondialisation, et dans un contexte de libéralisation croissante des marchés nationaux et plus largement européens, ces clivages nationaux tendent cependant à laisser une place de plus en en plus grande aux initiatives locales et plus précisément à une logique de mobilisation des différentes ressources présentes sur un territoire donné. La communication soulignera de quelles manières les revendications identitaires sont désormais « modelées » pour être mises au service du développement économique local. L’auteur argumentera les forces et les faiblesses de cette « mise au travail » des potentialités sociales et culturelles des minorités ethniques à partir d’enquêtes de terrain conduites à Londres et Lyon entre 2000 et 2005.

17 mars 2006 : « Les transformations du travail immigré et les nouveaux flux migratoires en Europe »
Andrea REA, professeur de sociologie à l’Université Libre de Bruxelles où il dirige le Groupe d’études sur l’Ethnicité, le Racisme, les Migrations et l’Exclusion (GERME).
Il est l’auteur d’ouvrages récents parus en 2003, Sociologie de l’immigration en collaboration avec Maryse Tripier, aux éditions La Découverte, et en 2002 Les nouvelles Migrations. Un enjeu européen, Edition Complexe, (Bribosia E. & Rea A. eds). Il est également co-auteur d’un article paru en 2005 dans la Revue Européenne des Migrations Internationales : Jacobs, D. & Rea, A. "Construction et importation des classements ethniques. Allochtones et immigrés aux Pays-Bas et en Belgique". Modératrice : Lilia Ben Salem, maître de conférences à l’Université des Sciences Humaines et Sociales à Tunis.
Résumé : Le travail immigré a souvent été envisagé à partir de la théorie de la segmentation du marché du travail. L’intervention soulignera qu’on assiste, en Europe, à une diversification du travail immigré, qui peut recouvrir des statuts de plus en plus différents. La différenciation de la forme du « travail immigré » tient, d’une part, aux changements des politiques migratoires à l’échelle européenne et, d’autre part, aux modifications du marché du travail. La conférence mettra en exergue l’introduction de critères culturels dans la nouvelle politique d’immigration, absente jusqu’alors en Europe (à l’inverse des Etats-Unis ou du Canada).

14 avril 2006 : « Socio-histoire de l’identification de l’étranger »
Gérard NOIRIEL, historien, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris.
La conférence portera sur la « Socio-histoire de l’identification de l’étranger » à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Introduction à la socio-histoire, janvier 2006, coll. Repères, La Découverte.
Modérateur : Abdelkader Zhgal, chercheur au CERES, Tunis.

26 mai 2006 : « Repenser les migrations féminines »
Nancy GREEN, historienne, directrice d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.
Sa communication intitulée « Repenser les migrations féminines » sera l’occasion de discuter la thèse de son ouvrage Repenser les migrations paru aux PUF en 2002.
Modératrice : Malika Horchani , maître de conférences à l’Université de Tunis.