Titre complet : Chantiers de la Recherche en Sciences Humaines et Sociales sur le Maghreb XIXème - XXIème siècles : Nouveaux objets - Nouvelles problématiques [Colloque de Hammamet, 23-25 novembre 2006]
Responsable : Pierre Robert BADUEL
Introduction générale
Baduel Pierre Robert - La recherche sur le Maghreb de son interpellation par l’actualité à ses reconfigurations paradigmatiques .
L’année 2006 est pour le Maghreb une année commémorative importante : celle du cinquantenaire de l’Indépendance pour le Maroc et pour la Tunisie. En France, la recherche sur le Maghreb et sur les populations de l’immigration maghrébine a été en 2005-2006 très sollicitée par l’actualité politico-médiatique. Si la recherche ne peut pas se couper du débat public, peut y trouver un stimulant et même en faire son objet, les chantiers qu’elle ouvre s’inscrivent d’abord dans l’état du débat des sciences humaines et sociales. Sur les pays et les sociétés du Maghreb et de la France dans sa relation au Maghreb et de l’hystérèse post-coloniale, dans la dimension locale, régionale et internationale, sur une durée de deux siècles (des débuts du XIXe siècle aux débuts du XXIe siècle), le présent colloque se propose : 1) de faire se rencontrer des chercheurs ayant une aire en partage, mais rarement des lieux de rencontre communs parce qu’ils appartiennent à des disciplines différentes de sciences humaines et sociales ; 2) de permettre à ces chercheurs de présenter en toute liberté les chantiers personnels ou collectifs actuels, leur travail d’invention de nouveaux objets, leurs essais de requestionnement des savoirs anciens à la lumière de paradigmes récents, leurs entreprises de constitution de champs neufs à partir de référentiels originaux 3) le tout dans un esprit réflexif qui justifie pour ce colloque l’appellation de chantiers pour signifier que nous sommes dans un moment de forte effervescence cognitive, dans un processus inachevé, voire à certains égards à un tournant.
Note d’orientation par P. R. Baduel
La recherche sur le Maghreb de son interpellation par l’actualité à ses reconfigurations paradigmatiques
La recherche, de son interpellation par l’actualité…
L’année 2006 est pour le Maghreb une année commémorative importante : celle du cinquantenaire de l’Indépendance pour le Maroc et pour la Tunisie. Au long de cette année, chaque pays, à travers ses manifestations scientifiques, aura revisité à des échelles variées - interne, régionale, internationale - l’histoire de sa lutte pour recouvrer, puis consolider sa souveraineté.
La recherche française sur le Maghreb et sur les populations de l’immigration maghrébine aura de son côté en 2005-2006 été très sollicitée par l’actualité, plus particulièrement s’agissant de la Guerre d’Algérie. Certes, le procès Papon (octobre 1997-avril 1998) avait permis de réinstruire médiatiquement et scientifiquement un épisode majeur de cette guerre : la répression sanglante du 17 octobre 1961 à Paris ; certes, peu après (2000-2001), la multiplication de témoignages de tous bords sur la torture de l’armée a réouvert le débat public et la recherche (R. Branche, …) sur cette question et en 2004 paraissait un ouvrage important qui réunissait, sous la direction de M. Harbi et B. Stora, une grande partie des historiens (algériens et français) spécialistes de la Guerre d’Algérie. Mais, si, sur les deux rives de la Méditerranée, la mémoire de la colonisation et de la décolonisation restait certes vive, les présidents Bouteflika et Chirac pensaient alors (2003-2004) que le temps était venu d’affirmer une volonté politique d’apaisement par la signature d’un traité d’amitié entre les deux pays. Trois événements à fort ancrage social et politique (à la différence des affaires Papon et Aussaresses, au total assez confinées dans les cercles intellectuels progressistes) devaient en 2005 contrecarrer en France cette entreprise et signifier « un passé qui ne passe pas » : l’« appel des indigènes de la république » en janvier 2005 ; le vote par le Parlement français de la loi Mekachera du 23 février 2005 ; trois semaines d’« émeutes des banlieues » en octobre-novembre 2005.
Chacun de ces événements, indépendants dans leurs causes immédiates mais sur fond de représentations communes, mériterait des pages d’analyses. J’en resterai ici aux questions posées par la loi du 23 février, qui interpelait collatéralement la recherche avec l’injonction de mettre en exergue dans les programmes d’enseignement le caractère positif de la colonisation française, notamment en Algérie (alinéa 2 de l’article 3). Au-delà du constat que la classe politique française, tous partis confondus, avait voté à Paris cette loi une semaine avant que, le 1er mars 2005, en visite à l’université Ferhat-Abbas, l’ambassadeur de France à Alger, Hubert Colin de Verdière, ne qualifia publiquement de « tragédie inexcusable » la répression sanglante de Sétif en mai 1945, cette loi a infligé une leçon à ceux (en fait très rares : M.Rebérioux, P. Vidal-Naquet, P. Nora, J.-Ph. Feldman, …) que d’autres signes n’avaient pas ou pas suffisamment alertés, à savoir que les systèmes dits démocratiques ne sont pas exempts de la tentation politique de décider des régimes de vérité et d’établir une histoire officielle dont on postulait la pratique réservée aux systèmes totalitaires et autoritaires. Les atermoiements au sommet de l’État quant à l’issue de la crise (intérieure et algéro-française) générée par cette loi [1] témoignent de la complexité à réaliser la cohabitation ordinaire de mémoires plurielles, de la difficulté à promouvoir un lien social intégrant dans un même espace public républicain jacobin des sociétés aux mémoires multiples et certaines concurrentielles dans la souffrance, demandant désormais une reconnaissance à part entière comme composantes de la nation (comprise au sens rénanien).
La pression de l’actualité politique sur la recherche a pris en France diverses formes. La recherche a pu être appelée à apporter son expertise sur une question à la frontière de l’histoire et du pénal (procès Papon) ; d’autres fois elle a été elle-même directement menacée de mise en procès (O.Pétré-Grenouilleau) ou réellement mise en procès (B. Lewis) ; elle a donc aussi été soumise à une forme de conditionnement par le devoir de respect des mémoires. Le débat sur les lois mémorielles qui s’en est suivi a pris la dimension d’une controverse majeure autour de deux questions générales : celle de l’autonomie de la science par rapport à l’injonction politique, d’une part ; celle des rapports entre histoire et mémoire d’autre part, mais bien au-delà des termes abstraits du débat académique classique, quand la mémoire ne passe pas, quand les groupes qui la portent et en qui elle s’incarne, exacerbée même par l’obsession de la disparition des ultimes témoins directs, récusent comme risque de banalisation le processus d’historicisation (cf. La mémoire, l’histoire, l’oubli de Paul Ricœur, 2000, et les débats qu’il a suscités).
Le questionnement plus ou moins radical – selon un gradient de « radicalité » variant des milieux progressistes aux milieux conservateurs - que connaît la France à l’égard de son passé et de son hystérèse post-coloniale, cette concurrence des mémoires désormais sur son propre sol, la réinterrogation de la nature même de l’Etat moderne à la faveur d’un travail sur ce que N. Bancel, P. Blanchard et F. Vergès appellent « la République coloniale », n’ont-ils qu’une valeur et une portée hexagonales ? Mutatis mutandis, certainement pas, du moins pour ce qui est de la pluralité des lectures mémorielles. On peut prendre quelques exemples dans chaque pays du Maghreb. S’agissant de la Mauritanie, la question de l’esclavage ? Pour le Maroc, les débats autour des finalités de l’instance « équité et réconciliation » traitant des « années de plomb » sous le roi Hassan II ? S’agissant de l’Algérie, la question berbère (le printemps berbère – tafsut - des années 1980) et plus récemment le débat lié à la politique de « réconciliation nationale » concernant – comment nommer ? – les années 1990 ? S’agissant de la Tunisie, la question relativement sensible, en cette année de commémoration de l’Indépendance, du rapport de la République issue du mouvement national à l’ancien régime beylical (en particulier à la dynastie husseinite) ?
Si la recherche ne peut pas se couper du débat public, si elle peut y trouver un stimulant et même en faire son objet, les chantiers qu’elle ouvre s’inscrivent d’abord dans l’état du débat des sciences humaines et sociales.
… à ses reconfigurations paradigmatiques
Les questions qui sont ainsi posées à la recherche, pour être portées par le débat public actuel, ne sont pas entièrement nouvelles. S’agissant de formes coercitives moins manifestes mais non moins efficaces du politique sur le scientifique, on ne peut pas ne pas rappeler ici la critique d’Edward W. Said contre l’orientalisme (1977), qu’il accusait d’être un instrument cognitif de la domination impérialiste occidentale. Avec Said, après d’autres et contemporainement à d’autres chercheurs non-occidentaux ou occidentaux reconnus académiquement mais moins médiatisés, le débat fut lancé sur ces savoirs faussement neutres, traversés en fait de part en part par une raison utilitariste subreptice. Mais il ne suffit pas selon Said que la recherche des pays anciennement colonisés soit réappropriée et désormais faite par les nationaux, en quelque sorte naturalisée, pour qu’elle soit scientifique (Said appelle à un « voyage de pénétration » par opposition au « voyage en Orient »), pas plus qu’en Occident il ne suffit d’injecter les sciences sociales nouvelles pour que l’orientalisme dans sa version évoluée que sont les area studies, soit exonéré de son biais congénital, il faut questionner autrement 2. C’est à quoi s’est attaché notamment le mouvement - en partie dérivé de Said – des postcolonial studies et des subaltern studies [2].
Selon un processus extérieur à l’état de la discipline, un processus mécanique valable partout (ainsi pour l’histoire de Vichy, celle du communisme, …), l’ouverture de nouvelles archives en révélant de nouvelles informations a souvent permis de réviser des points d’histoire qu’on croyait acquis : ainsi s’agissant de la guerre d’Algérie, avec la déclassification d’un grand nombre d’archives françaises.
Comme « l’histoire continue » (G.Duby), de nouveaux objets de recherche ont aussi surgi avec les expériences politiques, les effervescences sociales et les étapes économiques qui se sont multipliées au-delà de la décolonisation. Ainsi le Maghreb est passé, des années 1980 à nos jours, des réformes socialisantes des lendemains des Indépendances aux libéralisations économiques généralisées, moins généralement aux libéralisations politiques. Et le monde de la recherche y a évolué assez fortement parallèlement aux mouvements des systèmes politiques et des sociétés. En histoire, de dominé par la période coloniale, le champ des études s’est étendu progressivement en amont (M.-H. Cherif, A. Henia, M. A. Ben Achour, A. Sebti, A. El Moudden, F. Z. Guechi, …) et – plus difficilement - en aval de la période d’occupation étrangère, il s’est diversifié dans ses objets (les minorités avec M. Kenbib, les domestiques avec M. Ennaji, les pauvres avec A. Larguèche, les femmes avec D. Larguèche ou L. Blili, les revues avec K. Bendana, les associations avec O. Carlier ou H. Belaïd, la magistrature avec A. Noureddine, le droit avec S. Ben Achour, …). En sociologie et anthropologie, les approches développementalistes des années 1960 à 1980 (P. Pascon, Cl. Chaulet, A. Zghal, L. Ben Salem, …) ont cédé la place à d’autres thèmes, culturels (A. Hammoudi, H. Rachik, A. Moussaoui, M. Kerrou, …), de genre (I. Melliti, …), etc … Sans oublier le rôle de quelques nouvelles revues transversales, par exemple Naqd dirigée par D. Djerbal. La liste serait longue à parcourir pour les différentes disciplines de sciences humaines et sociales [3]. Tous ces travaux, notamment par l’élargissement de leurs objets d’investigation et la prise en compte d’une plus longue durée, n’ont-ils pas influé sur l’analyse de la période coloniale elle-même ? Ce qui est sûr, c’est que lentement, les objets et les périodes qui avaient le monopole de la légitimité scientifique, qui étaient « autorisés » ou que la recherche « s’autorisait » tandis qu’elle en (auto)censurait d’autres, les « objets nobles » dont parlait Bourdieu, tout cela a évolué.
Dans un ouvrage iconoclaste, polémique au regard des auteurs interpellés, Marcel Detienne a pointé, pour la France en particulier, les biais de l’acceptation quasi naturelle de la centralité méthodologique et épistémique du national jusque dans l’historiographie récente la mieux reçue (Les lieux de mémoire, L’identité de la France, …) ; une forme de ce que dans ses travaux sur l’Etat moderne lui-même au prisme de sa politique d’immigration, Gérard Noiriel nomme « la tyrannie du national », alors qu’il s’agit aussi scientifiquement de problématiser cette catégorie.
Le souci de ces auteurs est essentiellement de ne pas laisser imposer de l’extérieur aux sciences humaines et sociales la configuration de leurs objets de recherche, mais bien de construire de l’intérieur de la recherche plus comparativement, avec force rigueur et grande exigence conceptuelles, les bases de l’interrogation (la « socio-histoire » chez Noiriel,…). Comme en témoignent les travaux d’épistémologie des sciences dures (de Gaston Bachelard à Alexandre Koyré), les nouveaux objets ne sont pas toujours pensables avec les catégories anciennes, mais exigent des évolutions, parfois des révolutions conceptuelles, voire des changements d’épistémé (Michel Foucault). Au total, derrière des essais comme ceux des auteurs cités et beaucoup d’autres, l’enjeu épistémologique c’est la question de l’inscription des objets de la recherche en sciences humaines et sociales non dans leur unicité, leur « incomparabilité » (M.Detienne), mais dans ce que d’aucuns nomment paradigmes, d’autres référentiels.
Ces paradigmes ou référentiels, bien évidemment, ne font pas consensus dans la discipline, et donnent lieu à d’amples débats. Parmi ces paradigmes et plus généralement les questionnements qui irriguent la recherche en général aujourd’hui et qui peuvent faire l’objet de débats lors de ces Chantiers de la recherche sur la Maghreb, je retiendrai – toutes disciplines de sciences humaines et sociales confondues, sans exclure les paradigmes plus anciens qui ne sont pas démonétisés (Marxisme, Holisme vs/Individualisme, Segmentarité, Centre-Périphérie,…) et sans limitations - les suivants :
Objectifs et esprit de ces Chantiers
Aux confrontations scientifiques en cours, l’IRMC se propose d’apporter une contribution d’une façon qui ne soit pas redondante par rapport aux colloques commémoratifs ou aux rencontres thématiques. Sur les pays et les sociétés du Maghreb et de la France dans sa relation au Maghreb et de l’hystérèse post-coloniale, dans la dimension locale, régionale et internationale, sur une durée de deux siècles (des débuts du XIXe siècle aux débuts du XXIe), l’IRMC propose : 1) de faire se rencontrer des chercheurs ayant une aire en partage, mais rarement des lieux de rencontre communs parce qu’ils appartiennent à des disciplines différentes de sciences humaines et sociales (histoire, sociologie, anthropologie, sciences juridiques, économie, démographie, science politique, géographie, littérature comparée, …) ; 2) de permettre à ces chercheurs de présenter en toute liberté leurs chantiers personnels ou collectifs actuels, leur travail d’invention de nouveaux objets, leurs essais de requestionnement des savoirs anciens à la lumière de paradigmes récents, leurs entreprises de constitution de champs neufs à partir de référentiels originaux ; 3) le tout dans un esprit réflexif qui justifie pour ce colloque l’appellation de chantiers pour signifier que nous sommes dans un moment de forte effervescence cognitive.
Traitant de la guerre d’Algérie, Raphaëlle Branche pointe l’existence d’un « malaise dans les catégories ». Le nombre considérable d’ouvrages qui paraissent régulièrement désormais un peu partout autour de ce qu’on a appelé le « retour de la question coloniale » et des enjeux de la mémoire témoignent d’une forte mobilisation de la communauté scientifique et beaucoup illustrent un renouvellement très fort de la recherche largement ignoré des médias. Il s’agit aussi avec cette rencontre de contribuer à diffuser dans la culture de l’honnête homme de notre temps, à travers l’ouvrage qui en sera issu, les nouveaux acquis de la connaissance.
Pierre Robert Baduel
Directeur de recherche au CNRS
Directeur de l’IRMC
[1] L’alinéa 2, article 4 de cette loi a fait l’objet d’une réprobation massive de la communauté scientifique française. Celle-ci s’est clivée en deux collectifs : le premier collectif « Colonisation : non à l’enseignement officiel de l’histoire » défendait une position restreinte : la nécessité d’abroger l’alinéa en question. Le second collectif « Liberté pour l’histoire ! » demandait l’abrogation dans toutes les lois mémorielles (au nombre de quatre) des articles faisant courir un risque de proclamation de « vérités officielles ». A la suite d’un rapport du président de l’Assemblée nationale remis en décembre 2005, le président Jacques Chirac a pris la décision d’abolir l’article incriminé de la loi de février 2005.
Programme horaire
Jeudi 23 novembre 2006
9h00-9h10 Ouverture
Pierre Robert Baduel : La recherche sur le Maghreb de son interpellation par l’actualité à ses reconfigurations paradigmatiques. Introduction générale au colloque.
Renouvellements historiographiques : le jeu conjoint des nouveaux investissements objectaux et d’un supplément de pluridisciplinarité
Modératrice : Jocelyne Dakhlia
Leïla Blili : Histoire des femmes et chronologie de la Tunisie moderne. Retour sur un découpage.
M’hamed Oualdi : Symptômes d’un corps social, les mamelouks des beys de Tunis (XVIIe-XIXe siècles).
Yahya Ould el-Barra : La question de l’esclavage dans la littérature juridique mauritanienne. Textes et contextes.
Modérateur : Abdelhamid Larguèche
Francisco Javier Martínez Antonio : Une liaison “cholérique” ? Les relations (sanitaires) franco-marocaines au milieu du XIXe siècle.
Matthieu Fintz : Lutte contre le paludisme, épidémiologie de l’invasion et constitution de l’identité biosociale des fellahins dans l’Algérie coloniale (première moitié du XXe siècle).
Laure Blévis : Les usages du droit colonial par les Algériens dans l’Entre-deux-guerres.
Modérateur : Mohamed-Hédi Chérif
Omar Carlier : Sociabilité organisée et dynamique associative au Maghreb : l’émergence problématique d’une société civile en situation coloniale dans le premier XXe siècle.
Habib Belaïd : Les associations en Tunisie à l’époque coloniale. Objet d’étude et enjeux.
Kmar Bendana : La revue dans la vie culturelle de la Tunisie contemporaine.
Modérateur : Abdelhamid Larguèche
Daniela Melfa : À la recherche de la voix des « subalternes ». Le cas de Thibar vu à travers les archives des Missionnaires d’Afrique.
Marie Chominot : Photographier au maquis : l’apprentissage social d’une pratique en pays d’islam.
Alberto López Bargados : Gouverner pour ne pas être gouverné. Le cas des Awlad Dlaym et la frontière coloniale franco-espagnole au Sahara Occidental.
Hartmut Elsenhans : Le déclin avec grandeur. Réussite de la désimpérialisation française ?
Reconfigurations sociétales et paradigmatiques de l’objet urbain
Modérateur : Mohamed-Hédi Chérif
Habib Kazdaghli : La Tunisie contemporaine : l’histoire réinvestie par la mémoire.
Myriam Bacha : La constitution d’une notion patrimoniale en Tunisie au début du protectorat ou l’évolution de la construction des savoirs.
Barkahoum Ferhati : Une réalité urbaine sans nom : les espaces de la « tolérance » de la Casbah d’Alger (1830-1962).
Vendredi 24 novembre 2006
9h-10h
Modérateur : Bouziane Semmoud
François Dumasy : Repenser l’histoire urbaine de la colonisation. Modèles et paradigmes.
Madani Safar Zitoun : Le regard sociologique sur la ville et l’urbain en Algérie : le retournement du paradigme culturaliste colonial.
Abdelghani Abouhani : De la ville coloniale à la ville fragmentée. Les paradoxes de l’urbanisme post-colonial marocain.
10h20-11h20
Modératrice : Béatrice Hibou
Lamia Zaki : De la représentation du pouvoir aux pratiques atomisées d’appropriation de l’espace dans les bidonvilles marocains : l’omniprésence de la référence au(x) droit(s).
Armelle Choplin : Les villes-capitales : instruments du pouvoir, instruments de mémoire. Les exemples de Nouakchott (Mauritanie) et Khartoum (Soudan).
Pierre-Arnaud Barthel : Le « projet urbain », nouveau chantier de recherche dans les capitales du Maghreb : le cas de l’aménagement des waterfronts.
Nouvelles catégories d’interprétation de l’ordre émergent contemporain
Modérateur : Abdel Wedoud Ould Cheikh
Mondher Kilani : Guerre “totale” et “choc des civilisations”. Un éclairage anthropologique.
Abdelkader Zghal : Le religieux et le politique dans l’imaginaire nationaliste.
Mohamed Fall Ould Bah : La BAMIS, une banque islamique en Mauritanie.
15h-16h20
Modérateur : Abdel Wedoud Ould Cheikh
Myriam Catusse : Mais sont-ce bien des “entrepreneurs” ? Usages et mésusages d’une catégorie dans le Maroc ajusté.
Béatrice Hibou : Tunisie, d’un réformisme à l’autre.
Baudouin Dupret : La Fabrique législative du droit : jalons égyptiens et syriens d’un programme de recherche sur la réforme du droit de la famille au Maghreb.
Réformes de l’entendement
Modérateur : Omar Carlier
Dalenda Larguèche : L’histoire revisitée, côté femmes.
Federico Cresti : Perspectives d’une recherche sur l’histoire politique et sociale de la Libye entre colonisation et indépendance. Nouvelles approches, nouvelles sources, nouvelles interprétations ?
Latifa Lakhdar Ghoul : L’histoire face à la théo-histoire ou comment revisiter la pensée islamique contemporaine et son discours.
Samedi 25 novembre 2006
8h30-9h30
Modérateur : Bouziane Semmoud
Mohammed Ennaji : Une approche de l’autorité dans le monde arabe : la servitude.
Hassan Rachik : Anthropologie du religieux au Maroc. Conservatisme et innovation.
Bernabé López-Garcia : Recherches hispaniques en sciences sociales sur le Maghreb et sur l’immigration maghrébine en Espagne.
Du Postcolonial ou des enjeux épistémiques des défis mémoriels
Modérateur : Omar Carlier
Karima Dirèche Slimani : Fabriquer de l’histoire et créer du sens. Enjeux mémoriels et patrimoine symbolique chez les Berbères d’Algérie.
Sandrine Lemaire : Mythologie coloniale, le poids des représentations.
Nicolas Bancel : Le maelstrom colonial. Enjeux historiographiques et mémoires de la colonisation.
11h40-12h40
Modératrice : Jocelyne Dakhlia
Bertrand Romain : De l’histoire du “fait colonial” à celle du fait impérial : remarques pour une sociologie historique de la rencontre impériale euro-javanaise (XVIIe-XIXe siècles).
Jean-François Bayart : Moment colonial et recherche hégémonique postcoloniale.
Charles Bonn : Le tragique, revendication littéraire de la complexité, comme limitation des apports de la théorie postcoloniale dans l’étude de littératures émergentes.
13h20-13h30 : Clôture du colloque par Pierre Robert Baduel
Thème 1
Renouvellements historiographiques : le jeu conjoint des nouveaux investissements objectaux et d’un supplément de pluridisciplinarité
Belaïd Habib - Les associations en Tunisie à l’époque coloniale. Objet d’étude et enjeux.
L’intérêt porté à l’étude de la vie associative en Tunisie date d’une quinzaine d’années environ et les études effectuées jusque-là tendent à délimiter un nouveau champ d’investigation. Dans cette communication, on essayera de suivre, dans un premier temps, les travaux à travers lesquels l’histoire des associations est devenue un objet d’étude à part entière ; dans un deuxième temps, on dégagera à travers quelques exemples, les différents enjeux - sociaux, culturels et politiques - des associations à l’époque coloniale. On tentera de voir en particulier comment les autorités coloniales, en cherchant à appliquer le modèle métropolitain (républicain ?), mais dans un contexte colonial, ont « canalisé », encouragé ou entravé l’évolution du mouvement associatif tunisien et comment les changements sociaux, culturels et politiques de la Tunisie coloniale ont intégré cette forme d’organisation et de sociabilité.
Bendana Kmar - La revue dans la vie culturelle de la Tunisie contemporaine.
La revue est un objet culturel à première vue marginal dans l’histoire contemporaine de la Tunisie. Pourtant, il permet de mieux sonder l’histoire de la culture en Tunisie, celle des idées, du savoir, celle des vecteurs de leur diffusion, des hommes et des institutions qu’ils incarnent. Ce sous-genre mineur peut renouveler l’approche des modèles culturels parce qu’il en décline des usages combinés et renseigne sur les décalages d’influence. A travers l’étude de certains titres en langues arabe et française, on exposera les questions de genre, ainsi que l’évolution de la question linguistique pendant la période coloniale. Dans ce qui est maintenant plus qu’un chantier, on observera les traces des mutations politiques, idéologiques, économiques et culturelles, intérieures et extérieures qui ouvrent la voie à une chronologie longue (période coloniale et post-coloniale) de l’histoire de la culture en Tunisie, de ses constantes ainsi que de ses variations.
Blévis Laure - Les usages du droit colonial par les Algériens dans l’entre-deux-guerres.
A partir de l’étude des inscriptions des Algériens sur les listes électorales des communes algériennes, cette communication aimerait revenir sur les questions posées par l’interprétation des usages du droit colonial par les colonisés. Quel sens donner à ces pratiques qui ne s’inscrivent pas explicitement dans des mouvements collectifs organisés ou militants habituellement étudiés par l’historien ? Peut-on échapper à la logique classificatoire (résistance/collaboration) si présente dans l’historiographie de l’Algérie coloniale ? En se focalisant sur quelques cas précis dans lesquels des Algériens se sont emparés des ambiguïtés du droit électoral colonial, il s’agira également de réfléchir sur la place du droit dans la situation coloniale, non seulement du point de vue des colonisés, mais également de l’administration française.
Blili Leïla - Histoire des femmes et chronologie de la Tunisie moderne. Retour sur un découpage.
L’historiographie tunisienne présente rarement la période ottomane (1575-1881) comme unité chronologique, mais privilégie un découpage déterminé par la succession de pouvoirs politiques sans liens les uns avec les autres : pachas, deys, beys mouradîtes et beys hussaynîtes. Les passages d’un modèle à un autre ne donnent pas lieu à des explications suffisantes. Il me semble pertinent de réexaminer ce découpage à partir d’éléments nouveaux, notamment l’histoire des femmes impliquées, en tant qu’épouses et mères, dans le pouvoir politique. Cette approche montre, que derrière la diversité des groupes dirigeants, se cachent les mêmes familles « aristocratiques » fondées au tout premier temps de la conquête turque.
Carlier Omar - Sociabilité organisée et dynamique associative au Maghreb : l’émergence problématique d’une société civile en situation coloniale dans le premier XXe siècle.
« La société civile est la différence qui vient se placer entre la famille et l’État […], elle appartient au monde moderne, qui seul a reconnu leur droit à toutes les déterminations de l’idée » écrit Hegel dans ses Principes de la Philosophie du droit. Son champ d’action potentiel est donc énorme, même si le philosophe de Iéna s’en tient à la sphère des besoins, prise en charge par la corporation, corrigée par la police et la justice. Vingt ans plus tard, quittant provisoirement la vieille Europe pour le Nouveau Monde, Tocqueville reformule en historien la théorie des relations entre le civil et le politique, et prédit l’avancée inéluctable de la Démocratie, en faisant ressortir l’exceptionnelle disposition du peuple américain – dont sont alors exclus Indiens et Noirs - à s’associer en toute occasion, sans attendre qu’un gouvernement tutélaire pourvoie à ses besoins. C’est bien le programme de la Troisième République qui, avec sa loi de 1901, donne un cadre juridique « universel » au droit qu’a désormais chaque citoyen, en dehors même de toute autorisation et déclaration, de s’associer librement à autrui, pour quelque activité que ce soit, dès lors que celle-ci ne porte pas atteinte à l’ordre public. On n’est pas moins jacobin. Partie depuis vingt ans à la conquête d’un empire colonial, la République ne peut empêcher que ses protégés et ses sujets s’emparent des valeurs et des lois qu’elle promeut, et prennent littéralement au mot l’argumentaire de la « mission civilisatrice » pour faire valoir leurs intérêts et retrouver un avenir, se renouveler sans se renier, à terme, desserrer l’étau qui les enferme dans « l’indigénat » ou la « protection ». Au vrai, les colonisés maghrébins n’ont pas attendu la loi de 1901 pour utiliser la formule associative pour ce faire, en tant que technique (et logique) de l’action collective. La Khaldounia de Tunis, crée en 1895 par une avant-garde de saddikiens et zitouniens en atteste. Des cercles relevant peu ou prou du même type se créent en Algérie dans la décennie suivante, de Tlemcen à Constantine. Mais il faut attendre la conjonction de la « belle époque », et du paradigme « jeune turc », et plus encore les lendemains de la « grande guerre », pour que l’action associative change de densité tout en diversifiant son répertoire. Bientôt, les amicales, mutuelles, clubs, sociétés de sport et de musique voient le jour, ainsi que les syndicats et les partis, non sans décalages chronologiques et dénivelés importants, de l’est à l’ouest de l’Afrique du Nord, mais aussi, à l’échelle supérieure, entre les différents sous-ensembles du monde musulman méditerranéen, dont l’un, au moins, échappe à la mainmise directe des puissances européennes. La question reste posée de savoir si la technologie associative fait émerger ou non une « société civile », hégelienne ou tocquevilienne, pierre d’attente d’une éventuelle démocratie à venir. En tout cas, elle est au moins de savoir comment l’action et la pensée d’action se reconstruisent en un demi-siècle, en relation avec le politique et avec l’État, entre le sacré et le séculier, à la fois par en bas et par en haut, en phase avec l’essor de la ville, de l’industrie, de l’imprimé, de l’école, dans des contextes aussi contrastés que ceux de l’Égypte de Cromer à Zaghloul, de Abdulhamid à Ataturk, ou de Moulay Abdelaziz à Noguès.
Chominot Marie - Photographier au maquis : l’apprentissage social d’une pratique en pays d’islam.
Une enquête de terrain en Algérie au printemps 2006 m’a permis de recueillir un matériau de recherche rare : à la fois un corpus d’images réalisées dans les maquis algériens non pas par des reporters étrangers qui y auraient été introduits, mais par les militants nationalistes eux-mêmes. Dans le même temps, j’ai pu recueillir plusieurs témoignages oraux entourant ce corpus et permettant de situer le contexte de leur production et de leur circulation. A partir de cet exemple, dans une des zones de la wilaya 2, je me propose de réfléchir à la question de la pratique photographique amateur dans les maquis et de l’introduction de la photographie dans la société algérienne, société où, surtout en milieu rural, l’image figurative est traditionnellement absente. La guerre d’indépendance constitue-t-elle l’ultime étape de cette acculturation, commencée dans les villes dans les années 1920-1930 ? Avec l’appropriation par les combattants des maquis de la pratique photographique et de l’appareil, apanage et arme du colonisateur, la photographie est en passe de cesser d’être une pratique subie et permet une reconquête de l’image de soi. En effet, la photographie est introduite au Maghreb par les Occidentaux au XIXe siècle et longtemps pratiquée uniquement par les Européens, les « indigènes » étant objets d’images d’eux-mêmes, vendues comme images exotiques ou orientalistes de l’Autre. Il s’agit donc d’interroger l’apprentissage social d’une pratique, celle de la photographie, dans le contexte d’une lutte de libération, mais aussi de repenser, à l’aune de cette expérience, la question des rapports à l’image en pays d’islam.
Elsenhans Hartmut - Le déclin avec grandeur. Réussite de la désimpériali-sation française ?
Les préférences d’une majorité française pour des positions de statuts intermédiaires, même ouvertes à des évolutions ultérieures, étaient combattues par l’armée française qui les a considérées comme conduisant finalement à l’indépendance. Quand la France moderne s’aperçut du caractère correct de cette analyse, les partisans de l’intégration de l’Algérie dans la France avaient déjà réussi à s’installer par des réseaux de pouvoir importants, à travers tout le système politique français. Le Général de Gaulle réussit à identifier la solution intermédiaire avec une indépendance octroyée à l’Algérie après avoir contenu les forces armées du mouvement de libération et imposa la solution que la France moderne préférait : sortir du guêpier algérien et lancer la modernisation de la France afin de rester une grande puissance sur la base de sa compétivité économique, son leadership politique en Europe, son arme atomique et son rôle de porte parole des peuples du tiers monde dans le club des nations occidentales industrialisées, notamment par des rapports exemplaires avec son ancien ennemi algérien.
Fintz Matthieu - Lutte contre le paludisme, épidémiologie de l’invasion et constitution de l’identité biosociale des fellahins dans l’Algérie coloniale (première moitié du XXe siècle).
Lorsqu’il prend la tête de l’Institut Pasteur d’Algérie en 1909, Edmond Sergent se lance dans ce qu’il nomme l’« acclimatement sans risque » des colons européens. Cette méthode de lutte cumule de manière éclectique l’assainissement du sol, la lutte contre le moustique, le tarissement du « réservoir de virus » et la « ségrégation sanitaire » des Européens, élevée au rang de « mesure prophylactique primordiale ». L’introduction de la notion de « réservoir de virus » prend place, chez Edmond Sergent, à l’intérieur d’une épidémiologie de l’invasion selon laquelle les colons européens sont forcément des « sujets sains et neufs » dont la santé est menacée par la présence sourde du paludisme endémique des « indigènes ». L’enquête épidémiologique pastorienne consiste, dans cette optique, à mesurer « l’importance numérique et épidémiologique du réservoir de virus indigène et les dangers qu’il présente pour l’immigré européen ». Cette construction médicale du fellah comme porteur de germe et comme vecteur permet de montrer comment, dans le contexte de la médecine coloniale en Algérie, l’hygiène pastorienne est passée par une stigmatisation des populations rurales, au terme de la construction d’une image inversée de l’invasion coloniale, d’une part, et de l’oubli des effets induits par les dispositifs de lutte eux-mêmes, d’autre part.
López Bargados Alberto - Gouverner pour ne pas être gouverné. Le cas des Awlad Dlaym et la frontière coloniale franco-espagnole au Sahara Occidental.
Pendant longtemps les frontières établies par les pouvoirs coloniaux en Afrique ont été perçues comme des instruments de contrôle administratif et politique imposés sur des populations incapables de gérer d’une manière convenable les défis auxquels elles devaient faire face, et donc condamnées à une relation inégale avec les pouvoirs établis. Pourtant, comme certaines études récentes en font le constat (Nugent et Asiwaju, 1998 ; Cohen, 2000 ; Donnan et Wilson, 1999), les populations soumises à l’imposition de frontières n’ont jamais été des sujets passifs, et parfois elles se sont montrées capables de tirer profit de l’existence d’une frontière dont les capacités de contrôle échappaient aux possibilités des pouvoirs en concurrence. Analyser la frontière entre la colonie espagnole du Sahara Occidental et la colonie française de Mauritanie à travers l’exemple de la tribu (qabîla) des Awlad Dlaym pendant les premiers décennies du XXe siècle, interrogera sur les limites de l’action coloniale (espagnole ou française) marquée par la rhétorique de la grandeur, la capacité d’adaptation à cette rhétorique – et à sa mise en pratique - de certains peuples colonisés, et plus largement ouvrira sur une anthropologie des formes de résistance des « faibles » (J. C. Scott, 2003).
Martínez Antonio Francisco Javier - Une liaison « cholérique » ? Les relations (sanitaires) franco-marocaines au milieu du XIXe siècle.
Les épidémies sont des objets très utiles pour analyser l’évolution des relations entre États, sociétés et cultures. L’histoire de la santé publique et de la médecine est en effet traversée par les mêmes questions essentielles que l’histoire politique, sociale ou culturelle, si bien que les acteurs, les idées, les symboles ou les institutions de chacun de ces champs sont comme fongibles entre eux. Dans la Méditerranée du XIXe siècle, les structures et les discours sanitaires autour du choléra nous donnent une image très précise de la domination croissante des pays européens sur les pays arabes et islamiques. Comme les Britanniques le faisaient avec l’Inde, la France a tenté, si on me permet l’expression, de « cholériser » progressivement l’Algérie, c’est-à-dire de confiner de plus en plus la maladie dans l’espace algérien pour éviter la contamination de la métropole et, en même temps, de « pathologiser » ses habitants et son environnement pour en faire les seuls responsables de l’apparition et de la diffusion de la maladie. Mais, dans le cas du Maroc, comme dans d’autres semblables, le relatif développement des structures sanitaires locales a donné lieu à une relation beaucoup plus équilibrée, dans laquelle la stratégie de « cholérisation » était impossible à reproduire. On montrera ici cette impossibilité à propos de la création du Conseil Sanitaire de Tanger en 1844 et du cas méconnu de l’épidémie de choléra lors de l’expédition du Général Martimprey dans l’Est marocain en 1859.
Melfa Daniela - À la recherche de la voix des « subalternes ». Le cas de Thibar vu à travers les archives des Missionnaires d’Afrique.
M’inspirant de l’essai de Gayatri Chakravorty Spivak (Can the Subalterns speak ?, 1988) et de ses propositions méthodologiques, je m’interroge sur la possibilité de saisir la voix de « subalternes » à travers les documents divers, abondants et détaillés rédigés par les Missionnaires d’Afrique, mieux connus sous le nom de Pères Blancs. Parmi les missions établies au Maghreb à l’époque coloniale, une place importante est occupée par celle de Thibar, au nord-ouest de la Tunisie, où en 1895 arrivent les Pères Blancs, auxquels s’ajoutent en 1902 les Sœurs Blanches. A partir de ce cas d’étude, je me propose premièrement d’aborder la question de la définition des « subalternes » dans ce milieu, en analysant non seulement la dichotomie colonisateurs/ colonisés, mais aussi celles internes à la Congrégation (Pères/Sœurs, Pères/Frères) et à la communauté chrétienne qui se forme autour d’eux (missionnaires/orphelins convertis). Deuxièmement, je me propose de vérifier si ces sujets arrivent à « parler » ou bien si, en absence de parole au sens strict, ils s’expriment à travers des gestes particuliers (dont les documents des Missionnaires rendent compte) qui nous renseignent sur la réactivité et le point de vue des « dominés ».
Oualdi M’hamed - Symptômes d’un corps social, les mamelouks des beys de Tunis (XVIIe-XIXe siècles).
Travailler sur le corps des mamelouks au service des beys de Tunis, c’est avant tout s’interroger sur ce que nos conceptions de la participation au pouvoir (idée d’une représentation citoyenne et nationale) ont rendu énigmatique : à savoir, un recours privilégié à des créatures converties et attachées aux principales fonctions administratives et militaires. Détachés d’une historiographie qui les a caricaturés en artisans du « despotisme » et de la « mainmise étrangère », les mamelouks révèlent des fonctions de médiations entre ensembles sociaux, des formes subtiles d’association au makhzen et, tout comme les milices de janissaires turcs, des conceptions fluctuantes quant aux manières de transmettre des charges d’autorité de pères en fils. Présents en d’autres provinces de l’empire ottoman, ils ouvrent, en outre, la voie aux comparaisons internes à cet ensemble. Ils offrent la possibilité de comprendre le beylik de Tunis au delà du traditionnel cadre nord-africain, dans un domaine culturel plus large et, dans ce cas, plus adapté.
Ould el-Barra Yahya - La question de l’esclavage dans la littérature juridique mauritanienne. Textes et contextes.
Les documents historiques portant sur l’esclavage dans la société mauritanienne pré-coloniale sont peu abondants. De nature juridique, les rares textes qui abordent l’historique de l’esclavage dans cette société sont le produit d’une période bien déterminée, à savoir celle de la pénétration de l’islam. Ils sont certes marqués par les circonstances motivant leur création, car la fatwâ est par nature synchronique aux problèmes qu’elle traite. Dans ma communication, je présenterai succinctement les trois grands thèmes qui sont abordés avec une abondace de détails par les fuqahâ maures : 1) les origines de ce phénomène ; 2) les catégories des personnes qui pouvaient être réduites en esclavage ; 3) les obligations réciproques du propriétaire et de l’esclave.
Thème 2
Reconfigurations sociétales et paradigmatiques de l’objet urbain
Abouhani Abdelghani - De la ville coloniale à la ville fragmentée. Les paradoxes de l’urbanisme post-colonial marocain.
L’une des caractéristiques majeures des villes marocaines réside dans le contraste saisissant entre le caractère uniformisateur des normes de planification et l’aspect éclaté et hétérogène du tissu urbain. Plus on produit des plans d’urbanisme, plus l’espace a tendance à se fragmenter. La ville n’a cessé de développer les formes les plus contrastées d’occupation du sol : quartiers de luxe équipés, lotissements en chantier sur plusieurs décennies, terrains vides voués à la spéculation foncière, équipements prévus et non réalisés, espaces verts non entretenus, terrains vagues en friche servant de dépôt spontané aux différents rejets urbains, bidonvilles et douars clandestins en pisé ou en dur... Présentée comme transitoire durant les décennies 1960 et 1970, cette situation semble devenir inhérente à l’organisation de l’espace urbain marocain. Comment dès lors expliquer cet éclatement continu et permanent du tissu urbain, alors que sur le plan des normes tout a été prévu pour l’empêcher ? La croissance démographique et l’exode rural suffisent-ils à expliquer - comme on l’a souvent fait la persistance de ces phénomènes ? Les pratiques sociales seraient-elles réfractaires à la normalisation ? Ou bien les normes sont-elles si rigoureuses qu’elles produisent et reproduisent constamment les conditions de leur dépassement ? Quels sont les agents institutionnels et non institutionnels de la fragmentarité spatiale ? Quels rôles jouent le découpage communal et les notables dans la reproduction des disparités urbaines ?
Bacha Myriam - La constitution d’une notion patrimoniale en Tunisie au début du protectorat ou l’évolution de la construction des savoirs.
Comprendre la constitution d’une notion patrimoniale en Tunisie au début du protectorat nécessite de mettre en perspective les méthodologies appliquées par les acteurs de la sauvegarde des monuments – les archéologues administrant le Service des antiquités et des arts – et le développement des savoirs adjacents et notamment de l’histoire de l’architecture. L’application d’un système académique par ces archéologues a, pendant les premières décennies du protectorat, limité la définition de l’objet patrimonial aux seuls vestiges de l’Antiquité, excluant les monuments islamiques. L’émergence de la construction de l’histoire de l’architecture islamique sous la houlette des architectes issus de l’école des beaux-arts a renouvelé les conceptions patrimoniales des archéologues ainsi que leurs méthodes de travail. L’apport des méthodologies de l’architecture aux archéologues du Service des Antiquités tunisien a ainsi permis d’étendre le champ patrimonial tunisien à un nouvel objet, l’architecture islamique locale.
Barthel Pierre-Arnaud - Le « projet urbain », nouveau chantier de recherche dans les capitales du Maghreb : le cas de l’aménagement des waterfronts.
Si la waterfront attitude (Rodrigues-Malta, 2002) est bien connue dans le domaine de la requalification des ports et façades maritimes ou fluviales des métropoles des pays du Nord, la recherche s’est peu intéressée à l’aménagement des fronts d’eau de l’autre côté de la Méditerranée. Il est vrai que le sujet ne s’impose pas forcément de lui-même et qu’il ne semble crédible qu’à la lumière de la décennie des années 90. Les métropoles sud-méditerranéennes sont en effet entrées dans une phase de profondes mutations urbanistiques et socio-économiques de leurs fronts d’eau liées à des dysfonctionnements comparables à ceux des pays riches (obsolescence des ports des espaces centraux, friches industrialo-portuaires à traiter et à réintégrer au centre), ou bien à des effets de contexte locaux (reconstruction de l’hyper-centre de Beyrouth après la guerre, dépollution devenue impérative de la lagune de Tunis – autant d’opportunités pour développer une offre foncière et immobilière à forte valeur ajoutée dans un contexte de rattrapage métropolitain). L’urbanisme au bord de l’eau dans les capitales du Monde arabe est ainsi inscrit dans cette double dynamique de reconquête (recyclage des friches, régénération urbaine), mais aussi de conquête territoriale par la construction de lotissements planifiés sur remblais. Ces territoires liminaires sont marqués par la production d’objets architecturaux parfois très monumentaux, à l’instar de la Grande Mosquée Hassan II à Casablanca. En attisant les convoitises des entrepreneurs nationaux et des grands groupes étrangers, ils sont le lieu d’une production urbaine accélérée qui n’est toutefois pas sans poser de problèmes (destruction et/ou instrumentalisation du patrimoine, captation du foncier au profit des classes aisées, privatisation de l’accès à l’eau, …) insuffisamment explorés à ce jour. Afin d’ouvrir ce chantier de recherche sur les métropoles de l’autre rive, cette communication tentera de valider l’hypothèse d’un nouveau primat du « projet urbain » dans l’urbanisme opérationnel des capitales du Maghreb. Puis l’idée sera de documenter et d’éclairer deux opérations « waterfront » emblématiques : l’aménagement de la lagune de Tunis (l’un des plus grands « projets urbains » du moment dans le Monde arabe) et la mise en projet du front de mer de Casablanca (marina et « nouvelle corniche » de part et d’autre de la Grande Mosquée).
Choplin Armelle - Les villes-capitales : instruments du pouvoir, instruments de mémoire. Les exemples de Nouakchott (Mauritanie) et Khartoum (Soudan).
Cette communication porte sur la Mauritanie et le Soudan, et plus particulièrement sur deux capitales, Nouakchott et Khartoum, situées à la jonction entre le monde arabe et l’Afrique noire. Nous entendons expliquer comment l’espace urbain et en particulier la capitale d’un pays servent le pouvoir en ce sens où ils permettent d’accompagner les velléités géopolitiques des divers gouvernements. à partir des années 1970, les deux États cherchent à s’affirmer dans le concert des nations arabes. Pour ce faire, les dirigeants mènent des politiques d’arabisation dont les capitales se font les relais. Ils orientent (vers le Nord) l’identité de la première ville du pays et par extension l’identité nationale à l’heure où la population est désormais majoritairement urbaine. Largement instrumentalisées au profit de la composante arabe du pays, Nouakchott et Khartoum se transforment en véritables armes politiques. Or, ce parti pris idéologique pose problème dans la mesure où les deux capitales abritent une forte population non arabe (négro-africains en Mauritanie et sudistes déplacés au Soudan).
Dumasy François - Repenser l’histoire urbaine de la colonisation. Modèles et paradigmes.
L’histoire du fait urbain dans les territoires colonisés fait depuis quelques années l’objet d’un nouveau questionnement, que ce soit dans la méthode ou dans la problématique. La multiplication des points de vues (de l’analyse des formes architecturales et urbanistiques à l’approche macro-économique) a cependant paradoxalement parfois autant contribué à obscurcir les frontières épistémologiques de l’histoire urbaine qu’elle a entretenu certains présupposés. Cette communication vise à faire une synthèse de ces différents courants, puis à poser plus particulièrement la question des acteurs de la ville, en s’interrogeant notamment sur la place de protagonistes jusqu’alors peu pris en compte par l’historiographie : investisseurs, propriétaires, locataires, usagers de l’espace urbain, souvent occultés par une histoire qui a privilégié l’étude des grands projets architecturaux.
Ferhati Barkahoum - Une réalité urbaine sans nom : les espaces de la « tolérance » de la Casbah d’Alger (1830-1962).
L’importante documentation de la période coloniale française présente d’une manière explicite l’organisation de la prostitution en Algérie comme une véritable institution avec son système juridique et ses espaces urbains organisés. Cette réglementation de la prostitution eut une longue vie en Algérie. Même si elle revêtit des formes nouvelles pour s’adapter aux politiques coloniales et à leurs modifications, elle fut un des lieux privilégiés des affrontements entre partisans et adversaires. L’Algérie indépendante, après avoir combattu « la prostitution [comme] une aliénation du système colonial », reprend aujourd’hui à son compte l’institution dans un contexte différent où il ne s’agit pas seulement de contrôler le SIDA, mais de « moraliser » et « nettoyer » la rue algérienne où les femmes sont « tentées » par la débauche. La question de la visibilisation de ces espaces pose un épineux problème à l’administration algérienne. Dans cette communication je me propose de revenir sur les moments forts de cette organisation en mettant en exergue les réels enjeux suscités par cette organisation devenue une véritable institution. On se posera aussi la question de la résurgence du discours actuel sur la prostitution : n’est-il pas révélateur de l’angoisse de la société face à une présence des femmes de plus en plus forte ?
Kazdaghli Habib - La Tunisie contemporaine : l’histoire réinvestie par la mémoire.
L’étude de la Tunisie contemporaine commence à être approchée selon de nouvelles méthodes et à partir de nouvelles sources. Nous exposerons ici les contours d’un chantier particulier en pleine ébullition : l’histoire de la ville et de ses communautés, en ayant recours à la mémoire des acteurs et des traces dans le paysage urbain, particulièrement des monuments (y compris « disparus ») qui donnent une identité aux lieux (statues, inscriptions, noms de lieux,...). La succession des formes d’intervention sur ce registre symbolique sera approchée en rapport avec les différents pouvoirs et générations d’acteurs qui ont fabriqué la ville. Cette recherche s’inscrit dans le débat actuel sur la mémoire de la ville.
Safar Zitoun Madani - Le regard socio-logique sur la ville et l’urbain en Algérie : le retournement du paradigme cultura-liste colonial.
Cette contribution reprend dans ses grandes lignes, mais dans une perspective plus centrée sur l’analyse de la question des référentiels théoriques mobilisés par les chercheurs algériens en sciences sociales, l’argumentaire développé dans une communication faite au colloque d’Oran de 2005 sur l’état des sciences sociales en Algérie. Elle décrit et analyse la manière selon laquelle le paradigme explicatif développé par Bourdieu, en pleine guerre de libération nationale, a dominé les autres approches concurrentes, se transformant progressivement en référentiel définitif et indiscutable, donnant un sens sociologique à des phénomènes disparates et souvent éloignés de son champ de pertinence. Elle montre aussi combien cette vulgate a prêté le flanc à un processus de récupération, de détournement de sens par les discours identitaires qui ont surgi dans les années quatre-vingt-dix, et qui conduisent à se poser la question du statut paradoxal assigné aux corpus de connaissances d’essence “orientaliste” produits par la recherche sociologique et ethnologique coloniale. La communication se termine ainsi par des interrogations sur les processus subtils mais très pernicieux au regard de leurs effets cognitifs, de reformulation endogènes de ces regards exogènes sur nos sociétés.
Zaki Lamia - De la représentation du pouvoir aux pratiques atomisées d’appropriation de l’espace dans les bidonvilles marocains : l’omniprésence de la référence au(x) droit(s).
Je m’intéresserai dans cette communication à la richesse et aux contradictions des représentations politiques des bidonvillois marocains, souvent soupçonnés d’incompétence et de passivité politiques. Il s’agit d’aller au-delà du désintérêt, du cynisme et de l’indifférence exprimés à l’égard du champ politique (même si on accorde tout l’intérêt mérité à cette affectation de désaffectation) pour montrer qu’il y a plus et autre chose chez les bidonvillois qu’une mise à distance désabusée du pouvoir. La dialectique entre la question du droit et celle des droits (à) constituera mon thème d’investigation essentiel : dans un espace disqualifié, construit en marge de la législation, l’élaboration des répertoires de légitimation (politique) passe de manière apparemment paradoxale par l’affirmation de principes transcendant la norme juridique. Ces répertoires normatifs multiples peuvent entretenir des discours de victimisation et des postures attentistes, mais ils favorisent également le passage à l’action.
Thème 3
Nouvelles catégories d’interprétation de l’ordre émergent contemporain
Catusse Myriam - Mais sont-ce bien des « entrepreneurs » ? Usages et mésusages d’une catégorie dans le Maroc ajusté.
La sociologie politique est souvent confrontée à des catégories qui, à l’usage d’une conception normative, relèvent tant d’expériences pratiques que de luttes de pouvoir. Plutôt que de verser dans un cadre de description typologique construit a priori, la sociologie compréhensive engage à observer in situ les faits empiriques et la construction de l’objet. C’est la conjoncture historique qui permet de comprendre comment au Maroc, et peut être plus largement, les « entrepreneurs » tendent à former ces deux dernières décennies un groupe sinon explicite du moins dotés d’organisations, de porte-parole et surtout de système de représentation et de valeurs. Ce processus inachevé de naturalisation de la catégorie, intimement lié à l’agenda des réformes économiques, s’inscrit dans un cadre réformiste « réel » et idéologique. Rendre compte de l’objectivation de la catégorie permet d’abord de récuser une perspective téléologique et stigmatisante où l’on attendrait l’avènement de l’entrepreneur comme les héros de Beckett attendaient Godot, sans analyser les logiques concrètes à l’œuvre : regroupement, formation d’identités politiques relatives ou encore labellisation, justifications. Ceci permet ensuite d’interroger la construction sociologique d’objets « légitimes », d’examiner le type de comparatisme dont elle procède, les va-et-vient entre savoir local et savoir global, mais aussi entre savoir profane et savoir sociologique. A la comparaison des performances se substitue alors une comparaison des représentations (sociales et politiques) de l’entrepreneur. Cela donne à réfléchir enfin, en termes plus politologistes, sur la façon dont différentes formules politiques de régulation de l’économie entrent ici en concurrence : si le politics semble évoluer peu, en revanche, du côté des policies (et de leurs articulations au politics) s’observent adaptations et transformations, comme autant de pistes pour traiter des variétés du capitalisme comme de la transformation des modes de gouvernement.
Dupret Baudouin - La Fabrique législative du droit : jalons égyptiens et syriens d’un programme de recherche sur la réforme du droit de la famille au Maghreb.
Dans le contexte arabe, de nombreuses évolutions ont marqué ces dernières années le droit de la famille et du statut personnel : le Maroc a adopté une nouvelle Mudawwana, l’Algérie a amendé son Code du statut personnel, l’Égypte a promulgué une loi modifiant d’importantes questions procédurales et certaines questions de fond, la Syrie a amendé une disposition portant sur l’âge de la garde des enfants pour les parents divorcés. Cette communication porte sur l’examen détaillé d’un débat parlementaire syrien, dans son déploiement progressif, tour de parole après tour de parole. L’objectif est de pénétrer les mécanismes pratiques de la production du droit, dans son organisation discursive et argumentative. Il s’agit d’examiner attentivement les nombreuses pertinences vers lesquelles les participants à ces débats s’orientent. L’argument est que ces pratiques législatives ne peuvent pas être comprises en dehors du cadre contextuel institutionnel de leur déploiement. C’est donc à une approche praxéologique de la production du droit que la présentation s’attachera, posant les jalons d’une recherche sur les modes pratiques d’élaboration du droit de la famille dans les trois principaux pays du Maghreb.
Hibou Béatrice - Tunisie, d’un réformisme à l’autre.
Réformer, mot d’ordre quasi universel ! Dans le domaine de l’aide au développement notamment, la réforme est au cœur des interventions des bailleurs de fonds. Cet impératif est largement partagé par les pays récipiendaires, et cet accord est suffisamment rare pour qu’il soit relevé. Pour les uns comme pour les autres, la réforme, « c’est bien ». S’arrêter à cette convergence de principe n’est cependant suffisant ni pour fonder le bienfait de la réforme, ni pour justifier les interventions extérieures, encore moins pour analyser la situation d’un pays. Il faut s’interroger sur la compréhension de la réforme dans des contextes différents, sur la signification que prend le terme même de réforme à partir de trajectoires historiques particulières. La convergence sur le bienfait des réformes est-il réel et sur quoi repose t-il ? N’existe-t-il pas des malentendus sur ce que réformer veut dire et ces malentendus sont-ils nécessairement opératoires ? La « tradition réformiste » dont beaucoup de pays, notamment musulmans, se réclament est-elle favorable à la mise en œuvre actuelle de réformes ? A-t-elle quelque rapport avec les réformes préconisées de nos jours par les bailleurs de fonds ? Modèlent-elles effectivement les comportements, notamment économiques, d’une façon favorable à l’adaptation aux contraintes extérieures ? Pour mener à bien cette réflexion, j’ai choisi de centrer mon analyse sur le réformisme en Tunisie. Il ne s’agit pas de proposer une énième étude du réformisme au XIXe siècle et de ses avatars mais, à partir des nombreux travaux traitant de ce thème, de centrer ma recherche sur la mutation des significations concurrentes et successives des notions de réforme et de réformisme. à partir de l’analyse de la concaténation de compréhensions congruentes mais différentes de ces notions, j’essaie de comprendre comment une « tradition » est construite, comment elle devient un « mythe », comment elle rencontre une adhésion massive, au niveau national comme au niveau international, comment elle fonctionne comme facteur légitimant de l’exercice du pouvoir.
Kilani Mondher - Guerre “totale” et “choc des civilisations”. Un éclairage anthro-pologique.
Cette problématique sera traitée dans un cadre conceptuel qui revisite les catégories de guerre et de sacrifice. Un lien sera d’abord établi entre le mouvement d’inclusion dans l’“empire” (américain) et la guerre “totale” qu’il impose à ceux qui y résistent. En lieu et place de la thèse du “choc des civilisations” (Huntington), l’image qui s’en dégagera sera plutôt celle d’une guerre civile à l’intérieur d’un même espace impérial incluant notamment la “périphérie musulmane”. La puissance impériale n’est pas résolue à l’“observation armée” (Clausewitz) dans son aire d’influence et reproduit la division “ami-ennemi” (Schmitt) à l’intérieur du même ensemble politique. Même si elle désacralise l’ennemi, la guerre “totale” n’a pas moins besoin de la figure sacrificielle du “bouc émissaire”. Ce dernier ne disparaît pas de son horizon, mais n’est plus nommé en tant que tel. La guerre “totale” joue, en effet, sur la zone d’indétermination entre le sacrifice et l’homicide propre à l’homo sacer (Agamben), cette figure du droit romain archaïque où l’on pouvait tuer un homme sans commettre d’homicide, mais où l’on ne pouvait pas le mettre à mort dans les formes rituelles.
Ould Bah Mohamed Fall - La BAMIS, une banque islamique en Mauritanie.
En m’appuyant sur l’étude de la Banque Al Baraka Mauritanienne Islamique (BAMIS), il sera procédé à une description détaillée des modalités de son fonctionnement, en particulier de tous les types de financement proposés (murabaha, ta’jir, musharaka, mudharaba, etc.)., ainsi que des différents instruments de collecte des dépôts. à travers l’analyse de quelques cas de financement représentatifs (sélectionnés de manière à couvrir tous les types d’opération pour toute la période..), sont interrogés les rapports complexes entre les techniques bancaires islamiques, les canevas théoriques de base et les modalités de mise en œuvre pratique de ces procédures. Ce faisant, on fera ressortir la relative permanence d’un certain nombre d’attitudes qui ont toujours prévalu en matière financière en Mauritanie depuis le commerce transsaharien jusqu’aux banques conventionnelles : modalités de contournement de la prohibition de l’intérêt, difficultés de recouvrement des créances, tribalisation financière, …
Zghal Abdelkader - Le religieux et le politique dans l’imaginaire nationaliste.
Dans quelle mesure peut-on penser le phénomène de l’imbrication du religieux et du politique dans le contexte des débats sur le port du voile dit islamique, sans reproduire le raisonnement classique du déterminisme sociologique et sans recourir à la tentation du postulat de la singularité exceptionnelle de l’Islam ? Pour concevoir des éléments de réponse à cette question en échappant, en même temps, au déterminisme sociologique et au déterminisme culturaliste, je propose de prendre le risque d’une approche comparative fondée sur une intuition raisonnée qui parie sur l’existence d’une forme de similitude entre l’imbrication du religieux et du politique dans l’imaginaire nationaliste sous-jacent aux débats sur l’enseignement dit privé, en France, et l’imbrication du religieux et du politique dans l’imaginaire nationaliste sous-jacent aux débats sur le voile dit islamique, en Tunisie.
Thème 4
Réformes de l’entendement
Cresti Federico - Perspectives d’une recherche sur l’histoire politique et sociale de la Libye entre colonisation et indépendance. Nouvelles approches, nouvelles sources, nouvelles inter-prétations ?
Dans ces dernières années, la recherche sur l’histoire politique et sociale de la Libye coloniale et de la première indépendance (grosso modo de 1911 à la deuxième moitié des années 1950) est entrée dans une phase de re-écriture due, en bonne partie, à de nouvelles opportunités d’accès aux documents des archives. En ce qui concerne par exemple le chapitre de la colonisation agraire, dans la dernière décennie l’exploitation des archives des organismes para-étatiques italiens qui furent chargés de la réalisation et de la gestion de la colonisation agraire de la période « dirigiste » (dans les années qui précèdent la deuxième guerre mondiale) permet d’avoir une vision nouvelle de cette partie de l’histoire de la Libye : une histoire longtemps tributaire, faute de mieux, d’ouvrages de propagande de la période fasciste ou bien d’une interprétation biaisée par des présupposés idéologiques offrant l’image d’un colonialisme italien fait « de braves gens » (italiani, brava gente) légitimant – après la fin de la colonisation et de la guerre – la politique du retour de l’Italie dans ses anciens territoires africains. Par ailleurs, la recherche sur l’histoire de la Libye coloniale a été caractérisée, jusqu’à il y a quelques années, par l’absence presque totale de débat et de confrontation entre historiens italiens et libyens : un rapprochement, ou mieux, une multiplication d’occasions de rencontre entre historiens libyens et italiens a suivi les accords diplomatiques du 4 juillet 1998, qui prévoyaient notamment un programme de classement et d’ouverture des archives de la période coloniale restées à Tripoli après la fin de la domination italienne et dont l’accès a été jusqu’à aujourd’hui interdit aux chercheurs. Ces archives, dont l’importance reste à évaluer, permettent d’entretenir l’espoir d’une écriture de l’histoire de la colonisation « de l’intérieur » qui comblerait une lacune très importante de notre connaissance. Il faut souligner aussi la particularité de ces accords diplomatiques, qui accordent une attention particulière à la recherche sur un thème proposé par la partie libyenne : celui de la déportation en Italie des opposants à l’invasion dans les années précédant la première guerre mondiale.
Ennaji Mohammed - Une approche de l’autorité dans le monde arabe : la servitude.
Renvoyant à un livre en cours de publication Les serviteurs du prince, autorité et servitude dans le monde arabe, la présente communication traitera du contenu du lien d’autorité, de sa genèse et de ses fondements à partir de sources originales, et abordera par la même occasion les rapports entre champ religieux et champ politique par le biais de la question de la servitude.
Lakhdar Ghoul Latifa - L’histoire face à la théo-histoire ou comment revisiter la pensée islamique contemporaine et son discours.
Dans le champ islamique en général et maghrébin contemporain en particulier, l’histoire, les sciences sociales et même la philosophie, semblent se dégager de la théologie ou de la raison orthodoxe, sans peine, sans frais, sans combat frontal avec le religieux, assurant un processus de sécularisation sûre et non factice de la pensée. Le resurgissement des phénomènes qu’on pensait dépassés est peut-être l’expression de cette sorte de désengagement intellectuel. L’historien est ainsi appelé à intervenir dans un chantier qui consiste à reprendre le fait religieux islamique, son discours et sa raison, par une fouille dans ses sédimentations et par une démarche confrontant les méthodes d’une théo-histoire (fondée sur le Coran, le hadith, le fiqh,…) à celles de l’histoire, en vue de déconstruire/destituer les présupposés et les postulats par lesquels la pensée théologique islamique a imposé depuis longtemps son hégémonie sur toutes les autres expressions intellectuelles.
Larguèche Dalenda - L’histoire revisitée, côté femmes.
A un paradigme nouveau correspond une histoire nouvelle. Celle de l’histoire au féminin répond à une exigence sociale et démocratique de l’écriture historique et au besoin de réinterroger l’histoire pour mieux rendre visible ce qui a été longtemps occulté au nom de l’universalité du masculin. Partant de l’idée que l’histoire des femmes fonctionne comme un formidable éclaireur de l’histoire, pointant sans cesse de nouveaux objets et apportant sur d’autres, plus anciens, un regard renouvelé, nous essayerons à travers cette communication de montrer comment ce champ, encore en construction dans « l’école historique tunisienne », a sensiblement contribué à bousculer les habitudes et les pratiques de l’écriture historique et à modifier le regard porté sur notre société d’hier. L’irruption du féminin dans le champ de l’histoire est autant révélateur des interrogations nouvelles que de la complexité du réel lorsque l’histoire est saisie d’en bas.
López Garcia Bernabé - Recherches hispaniques en sciences sociales sur le Maghreb et sur l’immigration maghrébine en Espagne.
La recherche hispanique sur le Maghreb a porté pendant longtemps essentiellement sur le Maroc, voire sur le nord colonisé par l’Espagne. Les universitaires arabisants, spécialisés dans l’histoire andalouse, avaient ainsi laissé le champ ouvert – à l’exception de certains cas très particuliers - aux militaires et aux journalistes. Pour voir se dessiner une maghrébologie hispanique, il a fallu attendre les années 1970, puis les années 1990 pour une recherche nationale sur les migrations maghrébines, avec la transformation de l’Espagne en pays d’immigration.
Rachik Hassan - Anthropologie du religieux au Maroc. Conservatisme et innovation.
En considérant les phénomènes religieux étudiés (confrérie, culte de saints, sacrifice, islam populaire, etc.) à partir de la moitié des années 1960, que ce soit par des anthropologues étrangers ou marocains, on peut constater, en les comparant avec ceux privilégiés par l’ethnologie de la période coloniale, un certain conservatisme au niveau du choix de l’objet. C’est en rapport avec la construction théorique et ethnographique des mêmes phénomènes religieux que des innovations peuvent être notées. Cependant, ceci ne nous empêche pas d’interroger ce « conservatisme », et de voir les possibilités d’un renouvellement de l’anthropologie du religieux au Maroc autant sur le plan empirique que théorique.
Thème 5
Du Postcolonial ou des enjeux épistémiques des défis mémoriels
Bancel Nicolas - Le maelstrom colonial. Enjeux historiographiques et mémoires de la colonisation.
La « question coloniale » a fait retour en France, quarante ans après les indépendances. Cette configuration se caractérise par la mise à jour des mémoires (parfois concurrentes) de la colonisation, portées par des groupes se sentant liés à l’histoire coloniale, mais se manifeste aussi par des projets mémoriels, à l’étude ou en cours de réalisation. Le surgissement des mémoires coloniales a également pour conséquence la construction d’un débat historiographique articulé sur les limites épistémologiques entre histoire et mémoire et l’opportunité à la fois de comprendre les effets de la colonisation en métropole (la « culture coloniale ») et l’intérêt heuristique de la perspective postcoloniale. Débat vif, qui nous oblige à nous interroger sur la pratique historienne, envisagée ici comme pratique sociale.
Bayart Jean-François - Moment colonial et recherche hégémonique postcoloniale.
Dans la chaîne de transmission des répertoires autochtones aux répertoires coloniaux, puis aux répertoires contemporains de subjectivation, l’idée de nation n’a sans doute occupé qu’une place parmi d’autres, à côté des notions de Progrès, de Civilisation et de Développement, ou encore des représentations locales de la « constitution du sujet moral », du « bon gouvernement » et des « Lumières ». La culture matérielle qui s’est diffusée et réinventée, dans les contextes successifs des commerces de traite, de la colonisation, de la décolonisation et de l’État postcolonial, et les multiples « techniques du corps » dont elle a été porteuse, ont été des véhicules majeurs, au sein même des institutions sociales et politiques, de ce que je nomme recherche hégémonique, pour signifier un processus contingent, un événement et non une structure établie. L’ampleur du legs colonial dans les formes contemporaines de gouvernement suggère de ne pas minimiser la possibilité de la reproduction d’une éventuelle hégémonie coloniale dans le cadre d’un bloc historique postcolonial, ou tout au moins de ne pas écarter l’hypothèse d’un rapport d’engendrement du moment colonial à la recherche hégémonique postcoloniale. Iraient dans ce sens la reconduction et souvent la défense acharnée du cadre territorial de l’Etat-nation dans ses frontières impériales, l’acceptation et l’intensité du sentiment d’appartenance nationale, la résilience des identités particulières dites « primordiales » nouées lors du moment colonial, l’adoption de l’institution bureaucratique par les classes politiques mais aussi par les forces sociales dans les champs religieux et associatif, la permanence des répertoires coloniaux de subjectivation dans la double dimension de la culture matérielle et des techniques du corps qui lui sont associées. Bon an mal an, les acteurs contemporains renouvellent leur adhésion aux différentes variantes du « type d’homme » (Menschentum) que le moment colonial a fondé, selon le répertoire nationaliste, mais aussi à travers des langages tiers, d’ordre économique, politique ou religieux, comme ceux de la « réforme », de la « bonne gouvernance », de la « prospérité » pentecôtiste ou islamique, de la « société civile » ou tout simplement du savoir scientifique et des règles juridiques.
Bonn Charles - Le tragique, revendication littéraire de la complexité, comme limitation des apports de la théorie postcoloniale dans l’étude de littératures émergentes.
Revendication de la prise en compte de l’histoire dans l’approche des littératures émergentes des pays colonisés ou anciennement colonisés, la théorie postcoloniale a indiscutablement modifié l’approche de ces textes. Pourtant cette revendication de l’histoire s’interroge trop peu sur sa propre inscription historique dans un débat grandement idéologique fondé sur un raisonnement à base binaire. Or la littérature ne peut pas se réduire à ce dualisme un peu trop simple, même s’il est décrit par certains en termes de « scénographie ». Par contre ce dernier terme permet d’évaluer l’inscription historique de ces littératures en termes de théâtralité, même s’il s’agit majoritairement de romans. Et là, la théâtralité tragique, telle que décrite entre autres par Jean-Pierre Vernant, permettra d’évaluer l’inscription historique de ces littératures émergentes que sont les littératures maghrébines selon une démarche plus respectueuse de leur complexité, de leur ambiguïté tragique. La fonction rituelle du sacrifice, particulièrement, y apparaîtra comme une condition majeure de l’émergence.
Dirèche Slimani Karima - Fabriquer de l’histoire et créer du sens. Enjeux mémoriels et patrimoine symbolique chez les Berbères d’Algérie.
Lorsqu’on aborde l’analyse historiographique de l’Algérie post-indépendante, on fait le constat d’un phénomène relativement nouveau concernant la réécriture de l’histoire nationale. En effet, depuis une vingtaine d’années, une nouvelle génération d’historiens, d’archéologues et de préhistoriens produit de nouveaux récits historiques qui rejettent le formatage d’une histoire nationale considérée comme monolithique et réductrice. Plus généralement, et en réaction à une histoire nationale revisitée par l’arabo-islamisme politique contemporain, les Berbères d’Algérie deviennent eux-mêmes producteurs d’histoire et se lancent dans des initiatives de fabrication du passé. Ces nouvelles narrations historiques vont puiser dans un passé anté-islamique et anté-arabe lointain une supposée authenticité des Berbères présentés comme les autochtones légitimes du nord de l’Afrique. Cette nouvelle façon d’écrire l’histoire souligne le besoin presque obsessionnel d’exister dans les processus historiques qui ont marqué l’espace maghrébin. On analysera les registres sur lesquels se cristallisent les affirmations identitaires (langue, action politique et militante) mais également les réappropriations symboliques (état-civil, écriture, lieux de mémoire, ...). Ces actions produisent un « héritage volontariste » qui constitue aujourd’hui la référence (totalement acquise) en matière de patrimoine berbère.
Lemaire Sandrine - Mythologie coloniale, le poids des représentations.
Une multitude d’images a accompagné l’histoire coloniale, basée sur une mise en scène soit totalement maîtrisée soit résultant d’un contexte culturel. Cette iconographie a ancré une représentation fantasmée de l’empire colonial français dans l’imaginaire collectif. En effet, ce puzzle d’images, naviguant entre réalité et fantasmes, créé les conditions d’une culture coloniale puis post-coloniale. En effet, le « retour » du colonial au sein de la société française actuelle se fait de plus en plus prégnant ou pressant – ce que l’on peut saisir dans les différents débats qui émergent publiquement et ne sont plus réservés à la seule sphère des recherches historiques, ou prenant forme de revendications ou de production culturelle – ceci constituant des indices qui témoignent des difficultés de la France à « digérer » son passé colonial, à l’assumer totalement.
Romain Bertrand - De l’histoire du ‘‘fait colonial’’ à celle du fait impérial : remarques pour une sociologie historique de la rencontre impériale euro-javanaise (XVIIe-XIXe siècles).
La nouvelle historiographie du « fait colonial » permet de mieux penser la complexité des rapports politico-administratifs entre colonies et métropole : elle aide à déconstruire les visions monolithiques de l’Etat et de la « société européenne » en monde colonial ; elle éclaire l’architecture juridique de l’ordre administratif impérial. Elle reste néanmoins pour une large part une histoire sur sources européennes, et donc une histoire métropolitaine. Or, il convient aussi de penser à partir des sociétés dites « colonisées », et ce faisant de montrer que la « rencontre » commercialement et militairement finalisée entre ces sociétés et l’Europe constitue un moment dans des trajectoires de « longue durée ». L’historicité de ces sociétés – en l’espèce de la société javanaise – ne fut pas abrogée par la « rencontre coloniale ». La domination coloniale européenne (française, britannique et néerlandaise) à Java s’est ainsi encastrée dans des espaces-temps impériaux insulindiens pré-existants. De cette rencontre impériale euro-javanaise témoignent des textes riches et complexes, telle la Serat Napoliyun, qui narre, 25 ans après le gouvernorat de W. H. Daendels (1808-1811), la geste impériale de Napoléon 1er en faisant appel à des visions spécifiques de l’autorité impériale, héritées du passé régional (mythologies panasiatiques d’Alexandre le Grand, conception mystique du pouvoir).
Liste alphabétique des participants
Nom(s) Prénom(s). Qualités, appartenance(s) institutionnelle(s).
Titre de la communication (thème, jour, matinée ou après-midi d’intervention). adresse@électronique
Abouhani Abdelghani. Professeur des universités en science politique, INAU, Rabat. De la ville coloniale à la ville fragmentée. Les paradoxes de l’urbanisme post-colonial marocain (thème 2, vendredi matinée).
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Bacha Myriam. Chargée de recherche en histoire de l’art, IRMC, Tunis. La constitution d’une notion patrimoniale en Tunisie au début du protectorat ou l’évolution de la construction des savoirs (thème 2, jeudi après-midi).
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Baduel Pierre Robert. Directeur de recherche au CNRS en sociologie politique, Directeur de l’IRMC, Tunis. La recherche sur le Maghreb de son interpellation par l’actualité à ses reconfigurations paradigmatiques. Introduction générale au colloque (introduction, jeudi matinée ; clôture, samedi matinée).
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Bancel Nicolas. Professeur des universités en histoire, Université Strasbourg II-Marc Bloch, détaché à l’Université de Lausanne (UNIL-ISSEP). Le maelstrom colonial. Enjeux historiographiques et mémoires de la colonisation (thème 5, samedi matinée).
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Barthel Pierre-Arnaud. Maître de conférence en géographie, Université de Nantes et chercheur à l’UMR Espaces et sociétés (ESO). Le « projet urbain », nouveau chantier de recherche dans les capitales du Maghreb : le cas de l’aménagement des waterfronts (thème 2, vendredi matinée).
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Bayart Jean-François. Directeur de recherche au CNRS en science politique, CERI, Paris. Moment colonial et recherche hégémonique postcoloniale (thème 5, samedi matinée).
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Belaïd Habib. Maître de conférence en histoire, Institut Supérieur d’Histoire du Mouvement National, Université de la Manouba. Les associations en Tunisie à l’époque coloniale. Objet d’étude et enjeux (thème 1, jeudi matinée).
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Bendana Kmar. Maître de conférence en histoire, Institut Supérieur d’Histoire du Mouvement National, Université de La Manouba. La revue dans la vie culturelle de la Tunisie contemporaine (thème 1, jeudi matinée).
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Bertrand Romain. Directeur de recherche au CNRS en science politique, CERI, Paris. De l’histoire du “fait colonial” à celle du fait impérial : remarques pour une sociologie historique de la rencontre impériale euro-javanaise (XVIIe-XIXe siècles) (thème 5, samedi matinée).
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Blévis Laure. Maître de conférence en sociologie, Université de Paris X – Nanterre. Les usages du droit colonial par les Algériens dans l’entre-deux-guerres (thème 1, jeudi matinée).
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Blili Leïla. Maître de conférence en histoire, Université de la Manouba. Histoire des femmes et chronologie de la Tunisie moderne. Retour sur un découpage (thème 1, jeudi matinée).
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Bonn Charles. Professeur des universités en littérature comparée, Université de Lyon II. Le tragique, revendication littéraire de la complexité, comme limitation des apports de la théorie postcoloniale dans l’étude de littératures émergentes (thème 5, samedi matinée).
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Carlier Omar. Professeur des universités en histoire, Université de Paris VII. Membre du Conseil scientifique du colloque, modérateur. Sociabilité organisée et dynamique associative au Maghreb : l’émergence problématique d’une société civile en situation coloniale dans le premier XXè siècle (thème 1, jeudi matinée).
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Catusse Myriam. Chargée de recherche au CNRS en science politique, IFPO, Beyrouth. Mais sont-ce bien des « entrepreneurs » ? Usages et mésusages d’une catégorie dans le Maroc ajusté (thème 3, vendredi après-midi).
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Chérif Mohamed-Hedi. Professeur émérite des universités en histoire, Université de Tunis. Membre du Conseil scientifique du colloque, modérateur.
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Chominot Marie. Doctorante en histoire, Université de Paris VIII. Photographier au maquis : l’apprentissage social d’une pratique en pays d’islam (thème 1, jeudi après-midi).
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Choplin Armelle. Doctorante en géographie, Université de Paris 1/UMR 8586 PRODIG). Les villes-capitales : instruments du pouvoir, instruments de mémoire. Les exemples de Nouakchott (Mauritanie) et Khartoum (Soudan) (thème 2, vendredi matinée).
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Cresti Federico. Professeur des universités en histoire, Centro per gli studi sul mondo islamico contemporaneo e l’Africa – COSMICA, Université de Catane, Italie. Perspectives d’une recherche sur l’histoire politique et sociale de la Libye entre colonisation et indépendance. Nouvelles approches, nouvelles sources, nouvelles interprétations ? (thème 4, vendredi après-midi).
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Dakhlia Jocelyne. Directeure d’études en anthropologie historique du Maghreb, EHESS, Paris. Membre du Conseil scientifique du colloque, modérateure.
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Dirèche Slimani Karima. Agrégée d’histoire, chargée de recherche au CNRS en histoire, TELEMME, Aix-en-Provence. Fabriquer de l’histoire et créer du sens. Enjeux mémoriels et patrimoine symbolique chez les Berbères d’Algérie (thème 5, samedi matinée).
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Dumasy François. Agrégé d’histoire, Membre de l’Ecole Française de Rome en histoire. Repenser l’histoire urbaine de la colonisation. Modèles et paradigmes (thème 2, vendredi matinée).
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Dupret Baudouin. Directeur de recherche au CNRS en sciences juridiques, IFPO, Damas. La Fabrique législative du droit : jalons égyptiens et syriens d’un programme de recherche sur la réforme du droit de la famille au Maghreb (thème 3, vendredi après-midi).
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Elsenhans Hartmut. Professeur des universités en histoire, Institut für Politikwissenschaft, Universität Leipzig. Le déclin avec grandeur. Réussite de la désimpérialisation française ? (thème 1, jeudi après-midi).
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Ennaji Mohammed. Professeur des universités en histoire, Université Mohamed V, Rabat. Une approche de l’autorité dans le monde arabe : la servitude (thème 4, samedi matinée).
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Ferhati Barkahoum. Maître de recherche en anthropologie, CNRPAH, Alger. Une réalité urbaine sans nom : les espaces de la « tolérance » de la Casbah d’Alger (1830-1962) (thème 2, jeudi après-midi).
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Fintz Matthieu. Docteur en science politique de l’Université Robert Schuman de Strasbourg, boursier post-doc, CEDEJ, Le Caire. Lutte contre le paludisme, épidémiologie de l’invasion et constitution de l’identité biosociale des fellahins dans l’Algérie coloniale (du début du XXe siècle à l’indépendance) (thème 1, jeudi matinée).
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Hibou Béatrice. Directeure de recherche au CNRS en science politique, CERI, Paris. Membre du Conseil scientifique du colloque, modérateure. Tunisie, d’un réformisme à l’autre (thème 3, vendredi après midi).
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Kazdaghli Habib. Professeur des universités en histoire, Université de La Manouba. La Tunisie contemporaine : l’histoire réinvestie par la mémoire (thème 2, jeudi après-midi).
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Kilani Mondher. Professeur des universités en anthropologie, Université de Lausanne. Guerre “totale” et “choc des civilisations”. Un éclairage anthropologique (thème 3, vendredi matinée).
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Lakhdar Ghoul Latifa. Maître assistante en histoire, Université de Tunis. L’histoire face à la théo-histoire ou comment revisiter la pensée islamique contemporaine et son discours (thème 4, vendredi après-midi).
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Larguèche Abdelhamid. Professeur des universités en histoire, Université de La Manouba. Membre du Conseil scientifique du colloque, modérateur.
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Larguèche Dalenda. Professeure des universités en histoire, Université de La Manouba. L’histoire revisitée, côté femmes (thème 4, vendredi après-midi).
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Lemaire Sandrine. Agrégée d’histoire, professeur au Lycée Européen de Villers-Cotterêts. Mythologie coloniale, le poids des représentations (thème 5, samedi matinée).
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López Bargados Alberto. Professeur des universités en anthropologie, Département d’Antropologia Social i Cultural, Universitat de Barcelona. Gouverner pour ne pas être gouverné. Le cas des Awlad Dlaym et la frontière coloniale franco-espagnole au Sahara Occidental (thème 1, jeudi matinée).
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López Garcia Bernabé. Catedrático de Historia del Islam contemporáneo, Universidad Complutense, Madrid. Recherches hispaniques en sciences sociales sur le Maghreb et sur l’immigration maghrébine en Espagne (thème 4, samedi matinée).
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Martínez Antonio Francisco Javier. Docteur en philosophie (spécialité « Etudes en histoire des sciences ») de l’Université Autónoma de Barcelona, boursier post-doctoral du ministère [espagnol] de l’Education et des Sciences. Une liaison « cholérique » ? Les relations (sanitaires) franco-marocaines au milieu du XIXe siècle (thème 1, jeudi matinée).
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Melfa Daniela. Docteur en histoire de l’Afrique de l’Université de Siena, boursière post-doc en histoire du Maghreb, Université de Catane.








