Dynamique d’agglomération des activités productives et gouvernance territoriale

Responsable : Mihoub Mezouaghi

1. Orientation de recherche

Ce programme de recherche a été élaboré à l’initiative de l’IRMC et en partenariat avec différents groupes de recherche du Maghreb et de France en vue d’une participation à l’appel d’offre du programme mobilisateur du Fonds de Solidarité Prioritaire (FSP) Appui à la coopération pour la recherche en sciences humaines et sociales entre le Maghreb et la France, lancé par le Ministère des Affaires Etrangères et coordonné par la Maison des Sciences de l’Homme de Paris. Cette action de coopération vise trois objectifs : le financement de projets de recherche collective et pluridisciplinaire, la promotion du partenariat scientifique et le soutien à la formation doctorale (insertion des jeunes chercheurs dans les réseaux scientifiques).

L’objet de recherche porte sur les déterminants socio-institutionnels, politiques et économiques des dynamiques infra-nationales d’agglomération d’activités productives dans les trois pays du Maghreb : Algérie, Maroc et Tunisie.

Les recompositions spatiales des espaces productifs tendent à s’opérer, notamment, sous l’effet d’une co-localisation géographique de ressources productives qui obéit de manière significative à une double logique de spécialisation et d’internationalisation des activités. Une nouvelle division internationale du travail paraît ainsi s’organiser autour de pôles de production et d’innovation technologique. Ces phénomènes de polarisation se traduisent, au sein de chaque pays, par l’émergence et/ou la consolidation de territoires à fort potentiel de croissance et par le déclin d’autres territoires productifs.
Les dynamiques de développement local qui, en préalable, renvoient à cette polarisation territorialisée d’activités économiques, cristallisent aujourd’hui un ensemble d’enjeux et d’attentes tant économiques que sociaux. A bien des égards, la recherche de réponses locales aux problèmes du développement et les débats qui accompagnent ce changement d’échelle au(x) Nord(s) font échos aux réalités des Suds. Les dynamiques d’agglomération et de territorialisation de l’activité productive à l’œuvre dans de nombreux pays émergents semblent prolonger un phénomène a priori similaire observé dans les économies industrialisées au cours des dernières décennies. Sur un autre plan, mais relevant aussi de ce rapprochement Nord-Sud des problématiques de développement, une didactique conceptuelle similaire (pôles de compétitivité, clusters, systèmes productifs locaux, districts technologiques, technopôles,...) tend aujourd’hui à être mobilisée pour la formulation de politiques de développement local.

De quelle(s) manière(s) peut-on caractériser les logiques de localisation des activités de production au Maghreb ? Dans quelle mesure présentent-elles des spécificités dans chacun des pays du Maghreb ? Préfigurent-elles un nouveau mode d’industrialisation fondé sur un processus d’agglomération physique (spatialisation) des entreprises qui succéderait à une vague de dissémination ? Ces nouvelles concentrations géographiques d’activités renvoient-elles à l’émergence de territoires productifs (territorialisation) qui se distinguent d’une simple spatialisation des activités par l’existence d’une gouvernance territoriale propre ? Comment ces modes de territorialisation s’articulent-ils au précédent déploiement spatial des activités, produit d’un mode de régulation fordiste que l’on peut qualifier, en première approche, de périphérique et d’administré ?

Sur la base de ce questionnement, ce programme de recherche vise à engager une pratique de recherche commune associant des équipes françaises ayant développé des compétences scientifiques sur ces thématiques, notamment au sein du groupe de recherche Dynamique de proximités et des partenaires des pays du Maghreb interpellés par ces enjeux scientifiques et aux travaux reconnus dans ces domaines.

Les équipes de recherche associées au programme sont :

- Faculté de droit, Université de Marrakech (Maroc)
- INSEA (Maroc)
- LED, Université de Béjaïa / CREAD (Algérie)
- LEREPS-GRES, Université des Sciences Sociales Toulouse I (France)
- MECAS, Université de Tlemcen / LAREGE, Université d’Oran (Algérie)
- UAQUAP, Institut Supérieur de Gestion (Tunisie)
- UR023 IRD / IFReDE-GRES, Université Montesquieu Bordeaux IV (France)

2. Réunion de lancement du programme

La réunion de lancement du programme de recherche Dynamiques d’agglomération des activités productives et gouvernance territoriale s’est tenue à Tunis, les 20 et 21 janvier 2006. Une vingtaine de chercheurs, appartenant aux équipes de recherche impliquées, ont participé à cette réunion (cf. ci-après la liste des participants).

La réunion de lancement a eu plus précisément un double objet : établir une plateforme de recherche en vue définir les orientations scientifiques et d’organiser les activités de recherche ; discuter les propositions de recherche présentées par les participants, confronter les approches méthodologiques et explorer les pistes prioritaires de recherche.

De façon synthétique, les débats menés au cours de ces deux journées de travail nous inspirent trois enseignements d’ordre général :

  • La nécessité d’une déconstruction/redéfinition des concepts : les participants ont confronté leur propre définition de deux concepts clés, territoires productifs et gouvernance locale, au centre de la problématique du programme de recherche. En raison de la « plasticité » des concepts, il a été convenu de mener un travail de réflexion sur le contenu et le sens des concepts, à la fois pour prendre en considération les réalités spécifiques du terrain étudié et permettre leur appropriation collective. En effet, la tentation de « plaquer » des concepts empreints des réalités observées dans les pays industrialisés, outre que cela introduit un biais méthodologique, ne permet pas de rendre compte de la spécificité des dynamiques territoriales et productives dans les pays émergents. Cette réflexion devra notamment être menée dans un cadre pluridisciplinaire, insuffisamment marquée au cours de ces deux journées. En effet, la question des processus de territorialisation des activités de production constitue un objet de recherche qui interpelle de manière particulière les chercheurs en Sciences Sociales. Il nous semble que ce travail peut largement être nourri par la contribution de sociologues (réseaux d’acteurs) et de politologues (rapports de pouvoirs locaux et centraux).
  • Les termes de l’objet de recherche : il s’est agi de réaffirmer les orientations scientifiques du programme, telles que formulées dans le document de référence. L’objet de recherche porte sur les logiques de polarisation du tissu industriel dans les pays du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie) à travers :
    • l’analyse des processus d’agglomération des activités productives, en les situant dans leur contexte socio-économique et en les mettant en rapport avec les logiques sectorielles qui les portent ;
    • une mise en évidence de la complexité et la diversité des processus de territorialisation des activités productives, qui suppose de saisir et de qualifier les modes de gouvernance territoriale.
  • L’adoption d’une méthodologie commune : dans cette perspective, deux orientations méthodologiques ont été confirmées. D’une part, il s’agira d’inscrire les logiques d’acteurs dans des arrangements institutionnels multiscalaires (local, national et international). D’autre part, à travers une approche comparative, il s’agira d’identifier les déterminants spécifiques des dynamiques d’agglomération productive et de dégager le rôle des modes d’action publique (centralisés/décentralisés) sur ces nouvelles dynamiques d’agglomération. La présentation des projets de recherche a été l’occasion de souligner l’importance du spectre des travaux empiriques pouvant être menés. Dans un souci de rationalité et d’efficacité, il conviendra, plus précisément, d’opérer des choix et de définir les terrains d’investigation privilégiés.

    Liste des participants
ARIB Fatima, Université de Marrakech
AYADI Mohamed, ISG, Université de Tunis
BADUEL Pierre Robert, IRMC, Tunis
BARON Catherine, GRES/LEREPS, Université de Toulouse I
BEN ABDELJLIL Nadia, Ecole Mohammedia d’Ingénieurs, Rabat
BELARBI Yacine, CREAD, Alger
BENHABIB Abderrazak, MECAS, Université de Tlemcen
CORIS Marie, GRES/IFReDE, Université Montesquieu Bordeaux IV
HATTAB Malika, GRES/LEREPS, Université de Toulouse I
IBOURK Aomar, Université de Marrakech
KARRAY Zouhour, ISG, Université de Tunis
KHERBACHI Hamid, Université de Bejaia
KRIAA Mohamed, ISG, Université de Tunis
LUNG Yannick, GRES/IFReDE, Université Montesquieu Bordeaux IV
MAKREM Montasser, ISG, Université de Tunis
MATHLOUTHI Yamina, Ecole Supérieure des Communications, Tunis
MEZOUAGHI Mihoub, IRMC, Tunis
PERRAT Jacques, ADEES Rhônes-Alpes
PIVETEAU Alain, IRD
TOUBACHE Ali, LAREGE, Université d’Oran
TURKI Sami, Institut Supérieur des Technologies de l’Environnement, de l’Urbanisme et du Bâtiment, Tunis

3. Organisation de la recherche et calendrier prévisionnel

Le programme de recherche mobilisera un réseau de chercheurs confirmés et de jeunes chercheurs sur la période 2006-début 2008. Ce programme s’articulera autour de quatre axes thématiques, dégageant une cohérence et une articulation des travaux envisagés. Autour de ces entrées thématiques, des groupes de travail ont été organisés :

G1 - Gouvernance territoriale : méthodologies d’analyse et concepts
Ce groupe de travail propose de mener une réflexion visant à questionner et opérationnaliser le concept de gouvernance territoriale au regard du terrain étudié. Il s’agira en ce sens de repérer les acteurs clés (privés et/ou publics, individuels et/ou organisationnels), d’analyser les contextes institutionnels et de proposer une grille d’analyse des modes de coordination de ces acteurs. Les concepts de « Systèmes productifs localisés », de « districts industriels » ou encore de « pôles de compétitivité » feront l’objet d’une lecture critique.

G2 - Attractivité des territoires et IDE
Ce groupe de travail s’attachera à inscrire les dynamiques productives dans une échelle plus globale (régionale) pour prendre en compte les déterminants des flux d’investissements directs étrangers vers un territoire donné. La question de l’attractivité des territoires est alors étroitement liée à celle de leur mise en concurrence. Il s’agira pour ce groupe de mettre en perspective les politiques publiques mises en œuvre (réglementations et incitations) et les stratégies des acteurs de la globalisation pour mieux comprendre les mouvements de délocalisation et la nature des relations de sous-traitance.

G3 - Nouvelles dynamiques productives
Ce groupe de travail étudiera, sur la base d’une approche sectorielle, les logiques d’agglomération et d’organisation productive pour mettre en évidence des processus de désindustrialisation, de restructuration et/ou d’émergence industrielle. Bien que non exclusives, trois filières industrielles ont été retenues : textile, automobile et telecom/informatique. La spécificité du tissu productif algérien pourrait conduire à des choix sectoriels complémentaires, dès lors que ceux-ci sont susceptibles de nourrir une démarche comparative (intersectorielle et intra-maghrébine).

G4 - Spatialisation des activités de production
Ce groupe de travail propose d’analyser l’organisation spatiale (urbaine) des dynamiques productives afin de mieux comprendre les phénomènes observés de concentration industrielle dans les principales communes des pays étudiés. Les travaux s’attacheront plus précisément, en mettant en lumière les modes d’aménagement, d’organisation et de gestion des territoires, à expliquer les logiques de localisation et d’agglomération intra-urbaine des entreprises.

G5 - Outils d’analyse empirique
Compte tenu de l’insuffisance et de l’imperfection des bases de données statistiques, un travail de collecte et d’analyse de données (quantitatives et qualitatives) est envisagé. Ce groupe de travail définira des outils d’analyse empirique adaptés au terrain étudié et sera chargé de concevoir un protocole d’enquête (modulaire) pouvant être appliqué à l’ensemble des pays. Sur la base de ces propositions, le choix des terrains et les hypothèses à privilégier seront définis collectivement. Si un projet d’enquête commun facilitera le partage méthodologique et le comparatisme, il n’est pas exclu de développer des projets d’enquête spécifiques.

Ces groupes de travail, articulés les uns aux autres, fonctionneront selon un double principe : d’une part les activités seront menées de façon transversale (pour permettre un avancement progressif du travail collectif et favoriser des interactions entre les travaux conceptuels et les travaux empiriques) ; d’autre part, les activités seront définies de manière collective et pilotées par le coordinateur scientifique du programme de recherche (pour optimiser le travail en réseau et rationaliser les choix scientifiques et financiers).

Il a été convenu une pré-programmation des rencontres :

- Réunion de lancement*, 20 et 21 janvier 2006, Tunis
- Atelier de recherche**, avril 2006, Marrakech (G1 et G5)
- Atelier de recherche**, juin 2006, Bordeaux (G3 et G4)
- Atelier de recherche**, septembre 2006, Sfax (G2)
- Réunion intermédiaire*, fin 2006, Alger
- Atelier de recherche, mi-2007, Rabat
- Réunion finale*, fin 2007, Tunis

Ces rencontres obéissent à deux formats :

* Les réunions de recherche, réunissant les participants au programme de recherche, seront co-organisées par le coordinateur scientifique et l’institution d’accueil de la rencontre.
** Les ateliers de recherche seront organisés en marge ou à l’occasion de colloques scientifiques par les animateurs des groupes de travail et le coordinateur scientifique.

Par ailleurs, deux réunions de coordination en marge de ces rencontres seront organisées.

4. Valorisation du programme de recherche

Le programme de recherche pourra être valorisé de deux manières :

  • A travers la diffusion d’une information scientifique : chaque partenaire pourra communiquer sur les activités et les travaux de recherche à partir des outils à leur disposition (site web, lettre d’information,…). L’IRMC propose de mettre en œuvre une page web du programme de recherche (incluant la possibilité de mutualiser les documents à partir d’un accès limité aux partenaires).
  • A travers une valorisation académique des travaux de recherche : outre la participation à des colloques et rencontres scientifiques, deux projets de publication ont été retenus :
    • La contribution au thème de la publication périodique de l’IRMC, ALFA 2006 (titre provisoire du thème : Les territoires productifs en questions), qui visera plus particulièrement à une valorisation du travail réalisé dans le cadre du groupe de travail G1 (pour plus de précisions, cf. Publications dans le présent rapport).
    • La publication d’un ouvrage collectif qui interviendra à la clôture du programme de recherche.

Selon les propositions des partenaires et le volume de production, d’autres publications pourront être envisagées.