Le Maghreb espace économique émergent. Recomposition industrielle et développement

Responsable : Yamina Mathlouthi

Avec un Produit Intérieur Brut par habitant de 2890 $US en 2005, un pays comme la Tunisie a atteint un niveau de développement équivalent à celui de la Corée du Sud ou du Brésil au cours des années 1970. De plus, entre 1975 et 2003, la croissance annuelle du PIB de ce pays a atteint 96%, soit un taux supérieur à celui d’un pays comme la Corée du Sud, un des quatre dragons asiatiques du Sud Est. Avec ses 1730 $US de 2005, le Maroc est proche du PIB par habitant de la Malaisie de 1975. L’Algérie, dont le PIB par habitant est de 2730 $US, se situe au niveau du Mexique des années 1970.

Cependant, la mondialisation ne s’est pas traduite pour ces trois pays maghrébins par une intégration dynamique dans les courants des échanges régionaux ou transrégionaux, une différence notable entre ces économies et les pays émergents asiatiques ou latino-américains. Ces derniers, outre leurs taux de croissance élevés et leurs performances macroéconomiques certaines (en matière d’emploi, de production industrielle, de R&D, etc.), ils se distinguent aussi par la densification croissante de leurs échanges mondiaux à différentes échelles.

Né en 1980 sous l’impulsion des marchés boursiers dans les pays du Sud, le concept de pays émergents a connu des définitions et des usages pluriels. Pour autant, ce concept a profondément représenté dans de nombreux pays un modèle de référence pour le développement. Il en va ainsi des pays du Maghreb. La crise financière de la fin des années 90 a toutefois sensiblement refroidi les enthousiasmes suscités par ce modèle, certains allant même jusqu’à voir dans ces expériences des phénomènes de modes. Cependant, en dépit des critiques qui ont mis en question certaines réformes des pays émergents, on constate aujourd’hui que certaines économies d’Asie et de l’ex-URSS connaissent des taux de croissance record, ce qui consolide leur rôle en tant qu’acteurs sur la scène internationale (comme le confirme le rapport du FMI de 2006).

Mais il est sans doute important de remarquer que l’apparition d’espaces de croissance rapide en dehors du monde industrialisé a été concomitante de deux grands phénomènes économiques :
- l’ouverture des marchés avec une connexion forte aux économies occidentales ;
- des mécanismes de Transfert Technologique (TT) particulièrement efficaces au point de laisser penser à la fin des années 80 que ce facteur était la cause première des phénomènes d’émergence.

Quoi qu’il en soit, l’échelle du phénomène « émergence » reste difficile à appréhender dans le cas des pays habituellement désignés sous ce nom. Leur économie depuis 30 ans a connu une évolution heurtée, avec des phases d’accélération et d’autres, peut être plus nombreuses, de décélération. Il va de soi que la trajectoire de développement de chaque pays est un processus complexe à analyser.

L’ambition de ce projet de recherche collectif est d’étudier, dans des perspectives diverses, le modèle de développement économique des économies maghrébines au regard de ces différentes expériences d’émergence. Si la construction et le développement analytique des modèles des économies asiatiques ont été relativement bien étudiés, il n’en est pas de même, en revanche, des autres territoires et notamment de l’espace maghrébin. De plus, prise en un sens large, l’émergence marque autant les économies en développement dynamiques et innovantes que les économies périphériques, la faiblesse de l’effet imitation montre qu’il existe des différences fondamentales dans la gestion du mimétisme économique.

Aussi, ce programme de recherche se propose-t-il de reprendre l’étude des caractéristiques des économies émergentes en faisant apparaître les éléments clés de sa dynamique. Il s’agit donc d’identifier les raisons de la réussite lorsqu’elles existent et de voir dans quelle mesure leur transfert est possible, en tenant compte, bien sûr, de tous les éléments de contextualisation qui permettent de préciser la place de ce modèle dans la théorie du développement comme dans les stratégies de politique économique maghrébine.

La volonté de construire une étude large des économies maghrébines répond aux deux objectifs théoriques suivant :
- Conformément au premier objectif, ce projet permettra de cerner l’évolution de ces économies notamment du point de vue du transfert technologique. Il permettra de saisir aussi les spécificités des modèles de développement et des orientations technologiques des pays du Maghreb.
- Conformément au second objectif, le projet d’étude sur la diffusion du modèle des économies émergentes rendra possible la mise en lumière des pratiques d’appropriation et de transmission des savoirs dans le temps et dans l’espace.