Responsable : Lamia Zaki
Ce programme de recherche part du postulat que l’échelle de la ville constitue un prisme d’analyse privilégié pour rendre compte des transformations et des recompositions de l’action publique, en particulier dans les pays du Maghreb où le processus d’urbanisation accéléré des cinquante dernières années a largement remodelé les structures sociales. Il ne s’agit pas d’essentialiser « la ville », qui s’appréhende en fonction de frontières multiples et est organisée par une pluralité d’acteurs à différents niveaux, mais de la saisir comme un espace problématique. La définition de ses limites et de son système de représentation (qui parle pour qui ? qui parle au nom de la ville ? etc.) sont l’objet de concurrences et de débats, dont l’étude sera au cœur de cette recherche.
On s’attachera à déterminer qui intervient (et comment) dans la l’élaboration des politiques urbaines, en repérant à quelle échelle de responsabilité s’opère la prise de décision. On cherchera à voir quels sont les acteurs qui « pensent », qui « inventent » la ville, mais aussi quels sont ceux qui la mettent en œuvre et la gèrent, sans se limiter au champ de l’urbanisation légale. On cherchera aussi à comprendre comment circulent les modèles de gouvernement des villes sous l’impulsion de processus d’urbanisation, de libéralisation, ou de décentralisation, en regardant comment ces modèles sont réadaptés et réinventés en fonction de situations et de logiques endogènes.
S’il existe une importante tradition de recherches urbaines sur le monde arabe, les travaux se sont rarement situés au croisement entre policies et politics, c’est-à-dire à l’intersection entre une analyse de l’action publique et une analyse de la compétition entre acteurs locaux. L’étude des politiques urbaines servira de point d’entrée pour voir comment s’organisent les pouvoirs (nationaux, locaux, administratifs,...) et appréhender les recompositions en cours.
L’originalité de cette démarche réside dans ce qu’elle entend casser la dualité entre d’une part (et en allant vite) une approche « par le haut » qui considère que les ressorts de l’action publique passent essentiellement par les appareils centraux (notamment en contextes autoritaires) et d’autre part l’approche « par le bas » de certains spécialistes de l’urbain qui insistent cette fois sur les mécanismes qui se déploient en dehors de la politique institutionnelle (en s’intéressant à des acteurs tels que les habitants, les organisations non gouvernementales...).
On s’appuiera sur une démarche empirique au plus près des acteurs : on postule en effet que cette approche « par le local » permet d’interroger l’hypothèse de la permanence d’une action publique en repérant « autre chose » que ce que mettent en évidence des analyses plus globalisantes, davantage focalisées sur le « central » (sans pour autant ériger le local en entité décontextualisée). Elle permet en outre d’envisager et de saisir les évolutions dans leurs multiples facettes (institutionnelle/informelle ; légitime/illégitime ; visible/invisible…), en tenant compte de la complexité, mais aussi de la multiplicité des enjeux à l’œuvre comme de la diversité des acteurs du jeu urbain.








