Céline AUFAUVRE, Karine BENNAFLA et Montserrat EMPERADOR-BADIMON, Sihem NAJAR (dir.), 2012, Maghreb et sciences sociales 2011. Marges, normes et éthique, Thèmes, Études, Paris, IRMC-L’Harmattan, 308 p., ISBN : 978-2-296-55443-6.


ANTHROPOLOGIE/SOCIOLOGIE

PRIX : 21,50 € / 15 Dt


On assiste de nos jours à une inflation du parler sur l’éthique et la règle, et ce discours questionne cette sortie de la norme qui constitue une marge. Il est intéressant de confronter ces trois concepts de l’action que sont les marges, les normes et l’éthique. Si la marge est bien cet espace blanc laissé sur le bord extérieur d’une page, la « norma » caractérisée par l’angle droit de l’équerre ou le tracé conforme de la règle, désigne sur la même page cet intervalle d’espace (ou de temps), latitude dont on dispose dans certaines limites. La norme est la limite, et l’on « émarge » à la limite ou à une distance plus ou moins grande hors de cette limite. Quand à l’éthique, on la pensera comme « la norme que l’on peut mobiliser quand toutes les autres ont échoué » (Le Roy, 2008). Elle s’avère ainsi une ressource possible à disposition de la marge pour s’assigner ses propres limites. Nous la considèrerons globalement comme « ce qui règle, évalue et justifie les conduites humaines ». A ce titre, les textes ici réunis témoignent pour la plupart d’une réflexion anthropologique qui affirme que nos pratiques sont orientées par nos systèmes de valeurs, valeurs à la fois spécifiques à nos modes de vie spatio-temporels, et communes par l’universalité de certains interdits ou préceptes d’humanisme ou de reliance sociale. Les anthropologues sont bien placés pour nous expliquer que la question des marges sociales, spatiales, comportementales n’est pas dissociable de celle des normes, règles et valeurs qui assignent aux individus leur statut de membre d’un groupe ou d’une communauté. D’où le projet d’un ensemble de textes ci-dessous présentés, de considérer les limites et les systèmes de rejet et de refus comme « porteurs et révélateurs d’un fonctionnement sociétal et politique », et donc comme une manière de comprendre notre société. Ainsi que le précise à cet égard Michel Péraldi, « une socio-ethnographie de la migration se doit d’être aussi une ethnographie de la société à l’intérieur de laquelle la migration prend place ». Nous comprenons alors mieux comment se gèrent les marges en question et de quelles négociations politiques, sociales, individuelles elles font l’objet.
Le second dossier ici proposé aborde l’éthique comme objet de pensée pour les anthropologues. Celle-ci renvoie en effet à des jugements normatifs auxquels se trouve confronté l’anthropologue en tant que défenseur des valeurs de l’altérité. Altérité de « l’indigène » comme objet de savoir, mais aussi altérité d’un « soi » que l’ethnologue des sociétés contemporaines prend désormais pour objet. L’ethnologue affiche dorénavant un regard de proximité sur sa propre société et sur les mutations qui en affectent les normes, les règles et les marges : des identités des mondes méditerranéens aux injonctions vertueuses de la morale entrepreneuriale, de l’égalité démocratique aux discriminations économiques, de l’interprétation des normes à leur refondation dans la responsabilité humaine et sociale.

 SOMMAIRE
 
 
Pierre-Noël DENIEUIL, Marges, normes et éthique.
 
I. Marges et marginalités au Maroc

Céline AUFAUVRE, Karine BENNAFLA et Montserrat EMPERADOR-BADIMON, Fabrication et sens des marges au Maroc. Introduction.
 
Vivre en marge

Jean-Louis EDOGUÉ NTANG et Michel PERALDI, Un ancrage discret : l’établissement des migrations subsahariennes dans la capitale marocaine.
Mériam CHEIKH, Les filles qui sortent, les filles qui se font : attitudes transgressives pour conduites exemplaires.
Céline AUFAUVRE, De l’établissement psychiatrique à Bouya Omar : des transgressions sous contrôle.

Marges : question d'énoncés

Catherine MILLER, Marges et normes linguistiques au Maroc : un terrain mouvant.
Ariel PLANEIX, L’instrumentalisation de l’historiographie dans les processus de marginalisation des populations rurales au Maroc : le cas des Zkara.

Les pouvoirs publics et la gestion des marges

Aziz IRAKI, Marges et illégalité : des espaces du cannabis aux quartiers d’habitat non réglementaire : des négociations locales de la norme.
Victoria VEGUILLA, La gestion localisée de conflits « invisibles » : les mobilisations socio-économiques des jeunes sahraouis à Dakhla.
Karine BENNAFLA, Enjeux et gestion de la protestation dans une marge territoriale : le mouvement local de Sidi Ifni (Maroc).
 

II. L’anthropologie face aux nouveaux enjeux éthiques
 
Sihem NAJAR, L’anthropologie face aux nouveaux enjeux éthiques. Introduction.

Les sciences sociales et l’anthropologie interpellées par la question éthique

Imed MELLITI, L’indigénisation des sciences sociales en Tunisie : un malentendu ? un état de l’art à la lumière d’une expérience de lutte contre la pollution.
Maria ÀNGELS ROQUE, Crise de l’éthique ou crise disciplinaire ? Quelques réflexions sur le terrain.

Morale, éthique, confiance

Houda LAROUSSI, L’éthique de la reliance sociale et les valeurs du micro-crédit.
Monique HIRSCHHORN, Ethique et relativisme moral.
Vivianne CHÂTEL, Par-delà l’incantation, l’éthique comme responsabilité.
Mohamed NACHI, Le renouveau éthique. Fondation d’une éthique du futur et réinvention d’une nouvelle anthropologie de l’homme et de la nature : réflexions à partir de l’œuvre de Hans Jonas.

Ethique et valeurs

Mahmoud ARIBA, L’éthique, entre conviction et « effet d’époque » : le rôle de l’éducation.
Lilia BEN SALEM, La famille face aux questions éthiques.
Amel AOUIJ-MRAD, L’éthique en crise ? Intemporalité et vulnérabilité de l’éthique. Libres propos.

Postface

Étienne LE ROY, L’apport des anthropologues maghrébins à une éthique du « bien commun ».
 
III. Études

Emilie GOUDAL, Les Femmes d’Alger d’Eugène Delacroix (1834) à Djamel Tatah (1996) : déconstruction de la représentation picturale de l’Algérie ?
Maaike VOORHOEVE, Le chaînon manquant : L’argumentation judiciaire dans les décisions tunisiennes en matière de droit de la famille : analyse à partir des jugements contemporains tunisiens.
Salah HAMZAOUI, Habitus, culture et domination masculine. Acteurs, groupes sociaux et conventions internationales favorables aux femmes.
 
IV. Document

Mustapha NASRAOUI, La marginalité. Une lecture dans la réalité de l’exclusion sociale.