Pierre Robert BADUEL (dir.), 2008, Chantiers et défis de la recherche sur le Maghreb contemporain, coll. Hommes et Sociétés, Paris, IRMC-Karthala, 602 p., ISBN : 978-2-8111-0163-3.


ANTHROPOLOGIE/SOCIOLOGIE - HISTOIRE/HISTORIOGRAPHIE/PATRIMOINE

PRIX : 35 € / 15 Dt

 


Depuis la fin des années 1990, on a assisté en France conjointement au « retour de la question coloniale » et à l’émergence d’une « question postcoloniale ». L’amnésie à l’égard de la guerre d’Algérie a commencé à se réduire sous l’effet d’événements concordants : procès Papon (1998), nouveaux témoignages de victimes et de bourreaux sur la torture de l’armée française, « appel des indigènes de la République » (janvier 2005), « violences des banlieues » (octobre-novembre 2005), vote par l’Assemblée nationale française d’une « loi mémorielle » demandant reconnaissance du « rôle positif de la présence française outre-mer » (février 2005), film Indigènes... Pendant ce temps-là, au Maghreb, en 2005 l’Algérie se remémorait la répression sanglante de Sétif (mai 1945), en 2006 le Maroc et la Tunisie commémoraient le cinquantenaire de leur Indépendance. La concurrence des mémoires communautaires devint l’enjeu d’un débat sociétal mais aussi d’un débat cognitif. Dans cette conjoncture, les sciences humaines et sociales furent en effet interpellées. Il leur fut parfois reproché de n’avoir pas suffisamment investi les objets en question et d’avoir ainsi laissé libre champ aux interventions du politique. Le présent ouvrage a été conçu comme une participation à ces débats. Il se veut une illustration des nombreux et riches chantiers ouverts par les sciences humaines et sociales sur le Maghreb contemporain, ses populations et leur devenir, dans l’espace national comme, à travers ses diasporas européennes, dans un espace postcolonial. Il montre comment, en se consolidant et en se renouvelant dans ses différentes disciplines, la recherche maghrébine et européenne s’est efforcée de relever un double défi : celui d’une « mémoire juste » et de « récits fiables ».


 SOMMAIRE
 
 
 Pierre Robert BADUEL, La recherche sur le Maghreb contemporain aux défis d’une « mémoire juste » et de « récits fiables », introduction.
 
I. Nouveaux objets et nouvelles approches historiographiques

M’hamed OUALDI, Une relecture du phénomène mamelouk à partir de la province ottomane de Tunis entre le XVIIe et le XIXe siècle.
Leïla BLILI, Femmes, alliances matrimoniales et historiographie de la Tunisie moderne. Retour sur une chronologie.
Antonio Francisco Javier MARTÍNEZ, Une liaison c(h)olérique ? Esquisses sur l’interprétation des relations (sanitaires) franco-marocaines au milieu du XIXe siècle.
Matthieu FINTZ, Épidémiologie de l’invasion et constitution de l’identité biosociale des fellahin dans l’Algérie coloniale (1910-1962). La lutte contre le paludisme au regard des recherches sur la production des savoirs.
Daniela MELFA, À la recherche de la voix des « subalternes ». Le cas de Thibar vu à travers les archives des Missionnaires d’Afrique.
Myriam BACHA, La constitution d’une notion patrimoniale en Tunisie, XIXe-XXe siècles : émergence et apport des disciplines de l’archéologie et de l’architecture.
Habib BELAÏD, Le phénomène associatif en Tunisie à l’époque coloniale : objet d’étude et enjeux.
Omar CARLIER, Médina et modernité : l’émergence d’une société civile « musulmane » à Alger à l’entre-deux-guerres.
Dalenda LARGUÈCHE, Les femmes dans les chantiers historiographiques.
Barkahoum FERHATI, Une réalité urbaine sans nom : les espaces de la « tolérance » dans la Casbah d’Alger, 1830-1962.
 
II.Reconfigurations sociétales et renouvellements référentiels
 
François DUMASY, Repenser l’histoire urbaine de la colonisation. Quelques réflexions pour une approche sociale des formes dans le cas maghrébin.
Abdelghani ABOUHANI, La planification urbaine au Maroc : rigueur normative et espace urbain fragmenté.
Madani SAFAR ZITOUN, Le regard sociologique sur la ville et l’urbain en Algérie : le retournement pervers du paradigme culturaliste colonial.
Bouziane SEMMOUD, Grande ville et enjeux de la métropolisation en Algérie.
Pierre-Arnaud BARTHEL, Le « projet urbain », nouveau chantier de recherche dans les capitales du Maghreb : le cas de l’aménagement des waterfronts(Casablanca et Tunis).
Armelle CHOPLIN, Nouakchott et Khartoum, villes-capitales en périphérie du monde arabe : instruments du pouvoir, instruments de mémoire.
Lamia ZAKI, De la représentation du pouvoir aux pratiques atomisées d’appropriation de l’espace dans les bidonvilles marocains : l’omniprésence de la référence au(x) droit(s).
Béatrice HIBOU, La création du mythe réformiste en Tunisie.
Mohamed Fall OULD BAH, Autour de la « banque al Baraka mauritanienne islamique » (BAMIS).
Baudouin DUPRET, Jean-Noël FERRIÉ, La part islamique du droit. Usages législatifs et judiciaires de la référence au droit islamique dans le contexte égyptien.
 
III. Controverses conjoncturelles et enjeux épistémiques

Federico CRESTI, La colonisation italienne et la Libye. Nouvelles approches, nouvelles sources, nouvelles interprétations.
Hartmut ELSENHANS, La décolonisation dans la gloire. La guerre d’Algérie et le rôle mondial de la France.
Karima DIRÈCHE, Convoquer le passé et réécrire l’histoire. Berbérité ou amazighité dans l’histoire de l’Algérie.
Charles BONN, Littérature maghrébine francophone et théorie postcoloniale Jean-François Bayart - L’« origine » ou la « provenance », il faut choisir : études postcoloniales versus sociologie historique du politique.
Romain BERTRAND, Histoires d’empires. La question des « continuités du colonial » au prisme de l’histoire impériale comparée Mondher Kilani - Guerre « totale » et « choc des civilisations ».
Un éclairage anthropologique.
Latifa LAKHDAR, Approche critique de la pensée islamique orthodoxe : contraintes et espoirs d’un chantier de recherche.
Hassan RACHIK, La çalât (prière) : un objet de recherche indésirable ?