Anne-Marie PLANEL, 2015, Du comptoir à la colonie : histoire de la communauté française de Tunisie, 1814-1883, Paris, IRMC-Riveneuve éditions, 846 p., ISBN : 978-2-36013-190-7.


HISTOIRE/HISTORIOGRAPHIE-PATRIMOINE

PRIX : 38 € / 58 Dt


Des milliers de Français ont vécu en Tunisie entre 1814 et 1883. Certains y sont nés, d’autres y ont immigré très jeunes, fondant sur place une famille. Contemporains des bouleversements institutionnels du XIXe siècle européen, ils ont choisi de s’établir, à plus ou moins long terme, dans cette régence ottomane d’Occident, proche de l’Europe, qui mettait alors en œuvre des réformes économiques et politiques. Quel sens ces héritiers de la Révolution de 1789 donnaient-ils à leur présence en pays musulman ?

L’enquête, menée à partir des actes civils et notariés – mais aussi religieux – qu’ils ont produits sur place, retrace les itinéraires d’hommes et de femmes, pour la plupart inconnus. Ils sont négociants, artisans, ouvriers ou infirmières mais aussi ingénieurs, pilotes de navires à vapeur, professeurs ou médecins, etc.  Les uns sont recrutés par le Gouvernement tunisien, les autres montent des sociétés en mobilisant des capitaux venus de France. Tous aspirent à une promotion professionnelle et à une reconnaissance statutaire au sein d’une société urbaine en mutation. L’auteur s’interroge sur la réussite ou l’échec de leurs projets de vie. Au fur et à mesure que ces étrangers s’ancrent dans le pays, ils construisent un cadre familial élargi à d’autres nationalités. Ils revendiquent aussi le droit à la sécurité, à la dignité et à la justice pour tous, qu’ils soient chrétiens, juifs ou musulmans.

L’approche microsociale de cette migration de compétences montre le passage d’une société de comptoir marchand à une colonie de peuplement. Elle pose la question de l’articulation entre expériences individuelles et action collective dans un contexte de relations inégales entre deux mondes culturels.

 SOMMAIRE
 
 
Bernard VINCENT, préface.
Une émigration mineure? Introduction.
 
I. Histoire d'une migration méditerranéenne
 
La fin de l'échelle de peuplement

1. Un agrégat de population au statut national mal défini.
2. La survivance d'une société de comptoir.
3. Le triomphe de l'individualité.
4. Affaires de commerce ou de famille.
5. Les militaires entre forces ottomanes et armée nationale.
6. Une migration ouvrière dans la campagne du Nord-Est.
7. La transposition de la fonction d'ingénieur en chef.
 
La naissance d'une colonie de peuplement
 
8. Les artisans d'un grand chantier d'hydraulique urbaine.
9. L'institutionnalisation de migrations temporaires sur projet.
10. L'épidémie : insécurité extraordinaire ou phénomène social ?
 
Les hommes de lettres et la confrontation des savoirs
 
11. L'instruction, enjeu de confraternité sociale.
12. Les défenseurs de la Réforme tunisienne.
 
II. Réussites ou échecs des parcours migratoires ?
 
Les voies de la mobilité professionnelle

13. Comment se négocie la compétence ?
14. Les freins portés aux entreprises indépendantes.
15. Quel français peut être propriétaire à Tunis avant 1871 ?
16. Les héritiers à l'échelle.
17. Les familles "makhzéniennes".
18. Les "nouvelles couches" bourgeoises.
 
L'impossible mobilisation collective
 
19. L'unanimisme chrétien en pays d'Islam.
 20. Le refus de l'interconfessionnalité.
21. La transplantation d'un judaïsme séculier, à la française.
22. La faillite d'une structure de soins pour tous.
23. L'échec de l'idéal de confraternité sociale.
 
 
Conclusion.
Chronologie franco-tunisienne 1814-1883.
Sources.
Bibliographie.
Généalogie.
Index général.
Illustrations.