Responsable : Jérôme HEURTAUX

Chercheurs associés : Kmar BENDANA, Jean-Baptiste GALLOPIN, Habib KAZDAGHLI, Déborah PEREZ

Partenaires institutionnels : IRISSO (UMR 7170), Université Paris-Dauphine


Résumé :

Les « révolutions du printemps arabe » ont d’ores et déjà suscité un grand nombre d’analyses permettant d’apporter une intelligibilité à un processus « en train de se faire » et qui n’est pas terminé. Notre contribution se veut une compréhension de ces évolutions en étudiant de manière approfondie les évolutions et transformations des élites, en particulier du personnel politique et administratif et, parmi celui-ci, d’inclure dans l’analyse les élites de « l’ancien régime ». Il s’agit pour nous d’un point aveugle des analyses existantes, alors même que, nous le pensons, les élites sont au cœur des processus considérés.
Plusieurs raisons motivent notre choix. D’abord, parce que certaines fractions des élites ont joué et jouent un rôle majeur au cours du processus de changement de régime, tant pendant la courte séquence révolutionnaire (17 décembre 2010-14 janvier 2011) qu’après (dans les gouvernements de transition, la Haute instance, les partis politiques d’opposition ou les organisations de la « société civile »). Ensuite, les élites sont un enjeu même du processus de changement de régime. Les élites incarnant l’ « ancien régime », en particulier celles de l’époque Ben Ali, sont l’objet d’une attention publique particulière et d’un débat au sujet de poursuites et/ou de sanctions possibles. Elles représentent une dimension du débat sur les fins et les moyens de la « justice transitionnelle ». En outre, les élites sont des analyseurs privilégiés pour reconstituer un processus de changement de régime. La littérature sur les « révolutions » (Charles Tilly, Théda Skocpol) en a fait un indicateur clé de l’explication des changements révolutionnaires. Les travaux sur la « transition démocratique » (1) ont également porté leur attention sur le rôle des élites dans un processus de changement de régime. Si les différences entre les « révolutions arabes » et les transitions démocratiques dans les pays postcommunistes, dont plusieurs ont été fondées sur un pacte entre élites modérées de l’opposition et du régime, sont incontestables, l’expérience postcommuniste incite néanmoins à consacrer une attention nouvelle au jeu des élites et à leurs recompositions.

Deux pistes principales sont poursuivies :
Il s’agit d’abord (« sociologie des trajectoires des anciennes élites et gestion publique du passé ») de prendre pour objet les « anciennes élites » politico-étatiques, soit les membres du personnel politique, gouvernemental et étatique durant la période autoritaire (dirigeants du parti-Etat, ministres, gouverneurs, dirigeants d’entreprises et de banques publiques en particulier).
Cette étude comprend trois volets. Le premier consiste à étudier le rôle joué par les anciens serviteurs du régime de Ben Ali au cours de la séquence révolutionnaire (17 décembre 2010-14 janvier 2011). Le second volet est une étude de la « gestion publique » des anciennes élites. Le troisième volet propose de mener une étude qualitative et quantitative des trajectoires suivies par les représentants de certaines fractions des élites de l’Ancien régime pendant et après la révolution.
Un second axe consiste en une étude des pratiques gouvernementales dans un contexte de transition (« Gouverner la/en transition »). Qu’est-ce que « gouverner une/en transition » ? Qui gouverne et avec quel personnel ? Comment gouverne-t-on, dans un contexte de forte incertitude et alors que la durée du mandat est limitée dans le temps ? Comment assurer la continuité de l’État et de ses engagements (par exemple en matière d’infrastructures) dans un contexte d’effondrement de la légitimité politique et de remise en cause de l’autorité ?

(1) Heurtaux Jérôme, Zalewski Frédéric, 2012, Introduction à l’Europe postcommuniste, Bruxelles, De Boeck, collection « ouvertures politiques ».


Activités :

7-11-2013 : 1er séminaire inter-programmes de l'IRMC : "Comment rendre compte des trajectoires des anciennes élites?" avec des interventions de Kmar BENDANA et Habib KAZDAGHLI.
19-05-2014 : 4e séminaire inter-programmes de l'IRMC : "Les justices transitionnelles en Tunisie. Généalogie et spécificités" avec l'intervention de Kora ANDRIEU.
18-06-2014 : Cycle de conférences-débats IRMC-IFT-BNT "Penser la transition" : "Egypte et Tunisie depuis 2011 : deux trajectoires contraires ?" avec des interventions de Alain GRESH et Michael BECHIR-AYARI.
13-10-2014 : Cycle de conférences-débats IRMC-IFT-BNT "Penser la transition" : "Contrôle de constitutionnalité et processus électoral" avec des interventions de Jean-Louis DEBRÉ, Malgorzata PYSIAK-SZAFNICKA et Leila CHIKHAOUI.
28-11-2014 : Séminaire de recherche : "Une révolution ? Quelle révolution ? Tracer les processus de renouvellement des élites après un changement de régime" avec l'intervention de Jean-Baptiste GALLOPIN.
12-06-2015 : Séminaire de recherche fermé : "Quand une 'révolution' (dé)fait l'ancien régime. Une sociologie du déclassement, du reclassement et de la responsabilité" avec l'intervention de Jérôme HEURTAUX.
08-10-2015 : Séminaire de recherche :"Enquêter sur une campagne électorale : retour sur les élections legislatives d'octobre 2014" avec des interventions de Déborah PEREZ et Jérôme HEURTAUX.
12-10-2015 : Colloque international IRMC-CRASC-CJB-DIRASET : "L'exercice de l'autorité dans les mondes musulmans aujourd'hui".

Publications :

HEURTAUX J., 2013, « Présentation du programme : recompositions et reconversions des élites tunisiennes. Sociologie d'un changement de régime », La Lettre de l'IRMC, n° 12, juin-juillet.
HEURTAUX J., 2014, « Devenir électeur en Tunisie. Sociologie du vote bourgeois dans un quartier résidentiel (élections à l'Assemblée nationale constituante du 23 octobre 2011) », L'Année du Maghreb, vol. 10, 315-350.
HEURTAUX J., 2014, « Le "Printemps arabe" est-il comparable à "l'automne des peuples" ? », in N. Alter, C. Rosenthal-Sabroux (dir.), L'université ouverte. Les enjeux de nos sociétés expliqués à tous (volume 2), Paris, Editions management et société (EMS), 185-216.
HEURTAUX J., 2014, « Combats pour la présidentielle. Comment comprendre et dépasser les peurs réciproques ? » Réalités, n° 1510, 4-10 décembre.
HEURTAUX J., 2015, « La 'nostalgie Ben Ali', un analyseur des frustrations post-révolutionnaires en Tunisie. A propos de 7 vies, documentaire de Lilia Blaise et Amine Boufaied (2014) », Mediapart.fr-Le Carnet de l'IRMC, 1er juillet.